Un psy ou un coach ?

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LES COACHS DE VIE
UN PSY OU UN COACH ?
VÉRONIQUE LAUZON
LA PRESSE

 

Certains vous proposeront de frapper sur des tam-tam pour libérer vos émotions négatives, mais d’autres vous conseilleront plutôt des trucs simples et concrets pour résoudre vos problèmes. La profession de coach de vie peut susciter le respect, mais elle est aussi souvent remise en question, en raison surtout d’un manque d’uniformité dans la pratique et du nombre croissant de gens qui s’autoproclament coachs.

Mais qu’est-ce que le coaching ? « C’est une offre de services qui vise le développement de ressources, d’habiletés ou de talents pour permettre de meilleures réalisations personnelles ou professionnelles », dit Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

La définition vaut tant pour le coaching d’affaires que pour le coaching de vie, explique Mme Grou. Elle précise toutefois que les personnes aux prises avec la détresse ou la souffrance ne doivent jamais consulter un coach, mais bien un psychologue ou un psychothérapeute.

« En coaching, les gens arrivent avec un problème x. Par exemple, une personne peut se demander : “Devrais-je déménager ?” C’est une question simple et on ne passera pas 10 ans là-dessus. En quelques séances, elle aura sa réponse », dit pour sa part la coach de vie Louise Côté, qui a travaillé auprès de 150 personnes, l’année dernière.

« Ma job est de t’emmener là où tu me dis que tu veux aller, poursuit-elle. Je suis préparée et j’ai mes outils pour y arriver. Si tu veux juste jaser, appelle ta meilleure amie. Moi, je suis coach. »

Guillaume Leroutier, directeur du Centre québécois de programmation neurolinguistique (CQPNL), confirme que les coachs ne sont pas là « pour réparer le passé ». « Les gens choisissent des objectifs simples comme : “Devrais-je oser quitter mon emploi ?” “Comment puis-je devenir un meilleur parent ?” “Comment mieux gérer mon temps ?” », explique-t-il.

Il ajoute que normalement, un coaching dure de 5 à 15 séances, d’une heure à deux heures chacune.

RECHERCHÉES : LETTRES DE NOBLESSE
Le coaching n’a pas d’ordre professionnel et la classification nationale des professions du Canada ne reconnaît pas ce métier. Autrement dit, toute personne peut s’approprier le titre de coach de vie.

Doit-on s’en inquiéter ? Dans le milieu, on reconnaît la nécessité de poser des balises. « Je suis devenu président de la Fédération internationale des coachs Québec [ICF Québec], parce que je trouve qu’il y a trop de gens qui s’improvisent coachs. Cette profession a besoin d’obtenir ses lettres de noblesse », dit Michel Nadeau, coach de vie.

Comme l’explique Christine Grou, le problème avec l’étiquette de coach est qu’il ne s’agit pas d’un titre réservé.

« Ça peut être quelqu’un de formé et de compétent, mais ça peut aussi être n’importe qui. […] Le public n’a pas de protection. Il faut donc être prudent. »

— Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Pour illustrer la problématique qui entoure le coaching, elle compare cette profession à la pratique de la psychothérapie avant 2012. « Avant la loi 21, il y avait tout et n’importe quoi. Ma tante Louise au bout de la rue pouvait recevoir des gens dans son salon sans formation ni qualifications. » Il faut maintenant être titulaire d’un permis délivré par l’Ordre des psychologues du Québec pour pratiquer la psychothérapie.

« Je ne veux pas lancer le message que les coachs de vie ne sont pas compétents. Je crois que la plupart le sont », dit-elle.

Pour ne pas tomber entre les mains d’un coach aux techniques douteuses ou sans compétence, Mme Grou suggère d’en choisir un qui est membre d’une association professionnelle. Au Québec, il y en a deux : ICF Québec et la Société internationale des coachs en programmation neurolinguistique (SICPNL).

Michel Nadeau abonde dans son sens. « Ça apporte une certaine garantie. Un membre de l’ICF ou de la SICPNL a des compétences, une éthique et il doit suivre notre code déontologique. Le public est donc protégé, puisque s’il y a une plainte, une enquête est faite et l’association peut radier la personne fautive. » Dans la dernière année à ICF Québec, il affirme que trois plaintes ont été déposées, dont les résultats sont confidentiels.

COACHS MARGINAUX
Reste que ce ne sont pas tous les coachs qui souhaitent faire partie de l’une des associations professionnelles. Et rien ne les y oblige.

« Je ne suis ni pour ni contre, mais ça fait 25 ans que je fais ça toute seule de mon bord. Un jour, je me suis réveillée et j’ai sursauté en réalisant qu’il y en avait d’autres ! », dit en riant Sylvie Bergeron, la conjointe du chef du Parti québécois Jean-François Lisée.

Elle a créé sa propre formation, qui s’intitule « Le créateur », et il est possible de la suivre en ligne, ce que La Presse a fait en partie. Grâce à des vidéos, des cahiers d’exercices et des instructeurs à notre disposition, les clients sont invités à suivre les trois niveaux de la formation : conscience psychologique, conscience psychique et conscience mentale.

« Soyez assuré qu’en suivant la progression intégralement, vous allez créer à l’intérieur de vous des révolutions intérieures indispensables à l’émergence de ce que vous êtes de plus grand, le créateur. Cet espace-temps qui est le créateur est la seule force qui vous permettra d’agir avec une volonté réelle sur les événements de votre vie », déclare la conceptrice de cette formation, dans une des vidéos.

« J’ai développé ça sur 30 ans cette formation-là. […] J’ai étudié en littérature, j’étais rivée sur l’existentialisme. Après ça, j’ai étudié Albert Einstein, aussi le côté énergétique, le côté respiration, et j’ai fait une fusion de tout ça. Et en fin de compte, j’ai décidé de devenir coach. Je sais que je suis à contre-courant, ou plutôt en parallèle, de ce qui se fait », dit Sylvie Bergeron.

Bref, dans cette profession, les approches sont nombreuses. Les coachs de vie aussi. Il faut être sélectif dans le choix d’un coach et ne pas oublier qu’un coaching n’est pas une psychothérapie.

« Une définition que j’aime bien est qu’il s’agit de la thérapie des gens bien portants », résume Guillaume Leroutier.

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