Serge Marquis et l’art de la reconnaissance

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par Sylvie A. Bouchard

Comment vous parler d’une conférence de Serge Marquis ? Voilà mandat bien difficile… Car, au-delà de la structure, au-delà du contenu, Serge nous parle avec son âme, avec son cœur. Loin de moi la prétention de vous présenter sa conférence dans toute sa richesse. Je tenterai plutôt d’en souligner certains éléments, de rester fidèle à l’esprit, de rendre brièvement les grandes lignes de ce sujet qui le passionne. Il n’en tiendra qu’à vous de contacter cette partie sacrée en vous, cette partie sage, cette partie aimante… qui vous permettra d’y insuffler l’âme.

Notre invité, Serge Marquis, médecin et conférencier, s’est passionné pour la santé des organisations, tout particulièrement en ce qui a trait au stress et à l’épuisement professionnel. Consultant, conférencier et formateur, il est aussi co-auteur d’un livre intitulé : « Bienvenue parmi les humains ».

C’est avec élégance et simplicité qu’il est venu nous toucher profondément en nous parlant de l’un de ses sujets préférés, l’art de la reconnaissance.

La reconnaissance a un impact réel sur le développement de l’être humain, et ce, dès sa naissance. Comme le dit Serge, « Depuis sa naissance, un être humain qui a grandi dans une famille saine a vu ses faits et gestes reconnus. L’être humain a forgé son identité à travers la reconnaissance, il est devenu ce qu’il est à travers la reconnaissance. »

À l’envers du miroir, dans les organisations, plusieurs problématiques sont souvent attribuables à l’absence de cette reconnaissance, de cette capacité même à reconnaître l’autre. Les milieux de travail actuels sous-estiment, nous dit-il, l’impact du regard porté sur l’utilité et la beauté du travail de l’autre, des autres.

L’art de reconnaître, au fond, c’est une manière d’injecter de nouveau l’humanité dans l’organisation. Serge nous souligne très justement à quel point l’organisation a été déshumanisée, et avec elle, ses éléments les plus importants : les personnes qui la composent. Les nouvelles attentes en termes de productivité et de rendement ont réduit l’humain à un rôle de machine, sans âme.

Avec verve, maniant le mot et l’anecdote avec humour, Serge Marquis nous a fait découvrir – avec pragmatisme, et parfois par l’absurde – la nécessité de la reconnaissance pour la santé de la relation humaine, et la santé de l’humain.

Citant, notamment, M.C. Carpentier Roy :

« Le pivot de la santé mentale est l’identité. C’est-à-dire ce par quoi l’individu se construit comme unique, tout en étant lié à d’autres, ce par quoi il s’accomplit.

Or cette identité se construit certes d’abord dans la sphère privée où la construction se joue autour de l’amour (de soi, de l’autre, des autres, par les autres), mais elle se construit aussi dans la sphère publique, plus particulièrement dans la sphère du travail, à travers cette fois la reconnaissance… »

Bien sûr, il en va de la transformation des croyances, des approches. Exiger d’être reconnu, c’est prendre le risque de ne pas l’être, le risque de souffrir. C’est redécouvrir l’humain. Et l’assumer.

Mais comment retrouver l’art de la reconnaissance dans des contextes où les gens sont souvent réticents à le faire ?

La reconnaissance formelle a déjà place dans beaucoup d’organisations. Quoique nécessaire, sa fragilité vient du fait qu’elle reconnaît « en masse » et omet l’unicité, la reconnaissance personnelle, individuelle. Utilisée seule, elle est mal tolérée – puisque souffrant d’un manque de crédibilité.

Il est impératif – pour tout acte de reconnaissance – d’en protéger la crédibilité. La reconnaissance doit être authentique, transparente et profondément sentie. Pas nécessairement facile à faire dans un cadre formel.

L’alliance du formel et l’informel permet plus de souplesse, plus d’impact aussi. Les actions « organisées » s’appuient alors sur une attitude, une volonté quotidienne de regard sur l’autre et de son appréciation.

N’est-il pas intéressant de noter que, pour enclencher le processus de reconnaissance, il est souvent nécessaire de nommer ce que l’on sait déjà, de l’amener en lumière, d’en prendre conscience… Serge nous présente ainsi les formes de reconnaissance. Un guide, une structure de base, de référence pour l’organisation.

La reconnaissance peut se faire de deux manières principales :

le jugement d’utilité,
qui a trait à l’utilité sociale, économique et technique des contributions, individuelles et de groupe. L’on souhaite être reconnus pour la pertinence de sa contribution, l’ingéniosité déployée dans la réalisation des tâches, même ordinaires, et les risques pris pour atteindre les objectifs. Elle se fait principalement par les cadres, des supérieures vers les subordonnés. Les clients aussi.

Cette forme de confirmation donne un sens au travail que l’on fait, elle respecte le besoin d’autonomie.

le jugement de beauté,
Surtout décernée par les pairs, cette forme de reconnaissance permet à l’individu de se sentir intégré à un groupe d’appartenance. Je me distingue dans mon unicité et je suis accepté par ma communauté qui sait apprécier le travail que je fais. Dans les règles de l’art.

S’inspirant de Jean Monbourquette, Serge Marquis souligne le lien évident entre la reconnaissance et l’estime de soi. La nécessité aussi d’être reconnu dans ses actions et capacités (les marques d’attention) et la nécessité d’être reconnu pour soi (les marques d’affection). Et de là à affirmer qu’une estime de soi saine et nourrie des individus la composant saura contribuer grandement au succès d’une organisation évolutive et propice à l’épanouissement, il n’y a qu’un pas…

Et tout comme pour l’individu, le secret de l’épanouissement réside dans l’identification de ses barrières, de ses ombres.

Ces barrières, il nous les présente brièvement : les croyances, le temps (le rapport au temps), les peurs, les cadences, les conventions et le 24/24 heures. C’est en regardant bien en face ces obstacles, en les accueillant dans un désir réel de transformation, que l’organisation pourra découvrir les conditions nécessaires à instaurer un climat de reconnaissance.

Je dois vous avouer que ce qui m’inspire le plus de l’approche de Serge Marquis, c’est la permission qu’il donne aux organisations de découvrir à nouveau le pouvoir du rapport humain. Une approche fondée sur la reconnaissance, c’est autoriser les personnes qui composent l’organisation – particulièrement les cadres et dirigeants de l’organisation – à prendre un temps d’arrêt pour revenir à l’essentiel. Elle encourage la découverte de nouvelles manières, de nouveaux regards sur cette dynamique complexe. C’est apprendre à apprécier. Tout simplement.

Au fond, réapprendre à reconnaître, c’est accueillir notre capacité à aimer. À s’aimer soi-même et à aimer les autres. En même temps. Et à être aimés.