Le cycle de la vie

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Le cycle de la vie
par Josée Thiffault, Praticienne en PNL

 

 

État présent : Une dame vit seule depuis la mort de son mari il y a quelques années et sa santé décline (hypertension, cholestérol, maux de tête, étourdissement, etc.). Régulièrement, elle dit qu’elle a perdu le goût à la vie parce qu’elle a perdu l’essentiel.

État désiré : Elle aimerait retrouver le désir de vivre dans un corps en santé et apprivoiser sa solitude pour se trouver d’autres raisons de vivre.

Dans un pays où les 4 saisons faisaient le temps, vivait un joli pommier sauvage qui ne faisait partie d’aucun verger. Par un heureux hasard, un promeneur avait simplement lancé son cœur de pomme aux abords d’une forêt. En fait, les conditions de vie étaient si favorables tout près de cet immense sapin bleu que les pépins ont germés très rapidement pour finalement devenir un arbre solide et prolifique.

Avec les années, le pommier s’est épanoui et a grandi jusqu’à ce que ses racines s’entrelacent astucieusement à celles du noble conifère. Le sapin était légèrement incliné vers le pommier le protégeant des intempéries et d’un soleil parfois trop brûlant. Sous la terre les deux arbres étaient étroitement entrelacés, partageant le même espace, sans qu’on puisse dire lequel contribuait à l’équilibre de l’autre. Au printemps, l’odeur si douce des fleurs de pommier faisait le bonheur d’une multitude d’oiseaux, insectes et écureuils. Et à l’automne, les cocottes du conifère se mêlaient aux pommes qui demeuraient au sol pour se décomposer dans la terre et l’engraissaient richement au bénéfice de toute la faune et la flore.

La vie coulait ainsi, doucement et paisiblement, depuis de nombreuses années. Oh oui, il y avait bien eu des intempéries et quelques parasites qui étaient venus perturber l’équilibre de cet écosystème, mais les forces naturelles de chacun avait réussi à prendre le dessus et chacun en était sorti plus fort.

Cependant, un sombre soir de fin d’été, une pluie torrentielle s’est abattue sur la montagne et inonda le sol. Terre, pierres et feuilles mortes furent entraînées dans un glissement de terrain en dénudant les racines des arbres. Le grand torrent fragilisa l’immense sapin et le vent qui soufflait si fort… Heureusement, le pommier était plutôt à l’abri dans le repli de la montagne. Les branches des arbres se balançaient de tout côté et les plus rigides se cassaient d’un craquement sec, aussitôt emportées dans la tempête.

Mais le tonnerre, précurseur de la foudre, fit frissonner le pommier qui ressentait le danger tout près de lui… et lorsque la foudre tomba directement sur la cime du grand sapin bleu, le pommier en resta effaré. Une onde de choc fit trembler le sol et l’immense conifère s’écroula lourdement au sol, allongé de tout son long au pied du pommier sidéré.

L’écho de ce souvenir d’effondrement demeura imprégné longtemps dans son bois. Il constata à peine que ses propres racines s’étaient laissées entraîner dans la chute et que plusieurs s’étaient littéralement rompues. Seul le trou immense creusé par la souche maintenant découverte captait l’attention du pommier. Puis ce fut le silence et le froid. Aucun fruit ne naîtra sur les branches de l’arbre cette année-là. Privé d’une partie de sa nourriture habituelle, l’arbre fruitier semblait se recroqueviller sur lui-même au fil du temps et ses branches se resserrèrent près de son tronc et vers le sol. Depuis l’orage, sa propre sève s’écoulait de plus en plus lentement à l’intérieur de lui à cause de ses racines meurtries.

Cependant, la vie continuait sa danse autour des deux arbres et la nature avait déjà commencé son œuvre de transformation pour recréer un nouvel équilibre. En fait, la cavité formée par la chute du sapin s’était très rapidement rempli d’eau et fourmillait maintenant de vie. Le grand cycle de la vie était à l’œuvre car le vide n’existait pas et tout finissait par être remplacé.

De son côté, le pommier se laissa bercer par le vent depuis des jours et des jours, baignant dans une douce torpeur apaisante. Il faisait si froid maintenant… Il ressentait un vague engourdissement monter de ses racines jusqu’à sa cime et il s’abandonna à celle-ci. Au dehors, l’été des indiens battait son plein partout dans la forêt mais pour le pommier l’hiver était déjà commencé.

Dans son sommeil, il fit un voyage au cœur de sa propre création. Il retrouva le centre exactement de sa naissance, là où son pépin s’est ouvert la toute première fois pour débuter sa croissance. Il entendit tout à coup le murmure de sa propre vie, sa respiration, les pulsations de sa sève qui circulait en lui tout doucement… régulièrement.

Il fut transporté dans ses ramifications et il porta attention à chacune de ses branches, appréciant la fermeté de son bois, découvrant les nœuds qui s’étaient formés inévitablement ici et là lors de sa croissance. Il visita ainsi chacun de ses tubercules, chacune des branches et des feuilles de son être… son voyage l’amena de plus en plus profond en lui-même…

Il devint sa propre sève et voyagea dans son bois entrant dans le flot de sa propre vie. Des milliards de petites particules dansaient dans la lumière blanche et chacune d’elles semblaient aller vers une autre, comme porteuse d’un message de la plus haute importance, avant de repartir vers une autre pour recevoir lui aussi sa dépêche. Ce ballet synchronisé et les mystérieux secrets échangés l’intriguèrent au plus haut point, mais déjà son attention était attirée par la chaleur que dégageait la lumière blanche. Là aussi il y avait un mouvement, comme une grande respiration dans laquelle il s’installa comme dans un véhicule… si bien que sans même sans rendre compte, il fut propulsé dans l’atmosphère et, transporté par la lumière, il flottait à quelque mètre au-dessus de lui-même. À peine eut-il aperçu ses feuilles et le paysage environnant que déjà il revenait vers celles-ci portée cette fois par la chaleur du soleil. Il voyagea ainsi quelque temps à la fois à l’intérieur et à l’extérieur, s’émerveillant de ne jamais tomber dans le vide.

Il ressentit la force vitale des échanges avec l’air, la lumière et la terre, sa mère nourricière… et là, tout à coup, l’arbre ressenti une douce chaleur bienfaisante l’envahir, une chaleur connue, une odeur au goût boréal. L’arbre constata qu’il ne pouvait empêcher sa vie de vouloir continuer à vivre, au-delà de son propre désir… et il compris le message si important que transportent les petites particules de vie. Il goûtait la vie, partageait son essence avec l’humus du sol et laissa entrer en son sein les minéraux produit par la transformation du sapin à son pied. Jamais auparavant, la terre ne l’avait nourri de cette manière et cette saveur si agréable, plus riche que jamais… Loin de l’avoir abandonné, le sapin bleu partageait avec lui sous sa nouvelle forme de vie. Le pommier sut en son for intérieur qu’il n’était pas seul puisque tout ce qui existe fait partie du grand cycle de la vie.

Le soleil printanier amena doucement le pommier à se retourner vers lui et une grande énergie monta en spirale tout autour de lui. Ses branches ne tardèrent pas à bourgeonner et produirent de jolies fleurs blanches qui lui donnait un air de fête. Ses feuilles s’ouvraient de plus en plus pour capter la lumière et les oiseaux revinrent babiller dans son branchage. Sa morphologie était transformée, plus mature, plus élancé et plus solide aussi. Il sut dès lors que cette année ses pommes seraient plus rouges et plus juteuses que jamais grâce à la force qu’il puisait à même cette grande chaîne d’amour. Et au loin, on aurait dit qu’une branche du pommier touchait le tronc du vieux sapin quand le vent la poussait tel une caresse que l’on fait à un enfant endormi.