Comprendre les frontières entre coaching et psychothérapie

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Par Guillaume Leroutier
Directeur du CQPNL
 

 

 

« Le coaching personnel est un accompagnement spécifique, dont la spécificité est précisément d’aider un individu à élaborer et à mettre en œuvre un projet personnel, en tenant compte de ses différents domaines de vie. »
Odile Bernhardt, Le coaching personnel (Interéditions)

Le développement du coaching comme approche de changement et comme mode d’accompagnement a pris suffisamment d’importance ces dernières années pour que la frontière entre le coaching et la psychothérapie se précise.

Ce qui a probablement contribué à créer une certaine confusion entre le coaching et la psychothérapie à la naissance du coaching dans les années 1980, ce sont très certainement les origines mêmes du coaching.

En effet, le coaching a une double paternité. Il est issu à la fois du monde du sport et du mouvement des thérapies brèves.

La marque du sport sur le coaching se retrouve à travers les notions d’objectifs spécifiques, de préparation envers un évènement précis, d’entraînement supervisé, de performance et d’efficacité dans l’action, de feedback pour s’améliorer et éviter de répéter les mêmes erreurs, de dépassement de soi, de relation privilégié entre le coach et l’athlète. Le coach-entraîneur de qualité est plus un révélateur de potentiel qu’un conseiller ou qu’un confident, même s’il peut s’autoriser à l’être quelquefois.

Le mouvement des thérapies brèves regroupe quant à lui un ensemble de courants qui ont pour point commun de mettre en avant des interventions qui ont pour objectif une résolution la plus rapide possible des problèmes présentés : thérapie brève stratégique de l’École de Palo Alto, Hypnose Éricksonienne, approche orientée solutions, PNL, thérapies cognitivo-comportementales (TCC) et, plus récemment l’EMDR (Eye Movement Desensitization Reprocessing). Ce mouvement toujours très fertile aujourd’hui a apporté une grande quantité d’outils et d’interventions-types qui ont permis de répondre autrement aux besoins des clients. Il a entre autre permis d’orienter la relation d’aide vers le présent et le futur plus que vers le passé, de s’intéresser au « comment ça marche » plus qu’au « pourquoi ça ne marche pas » et d’amener l’intervenant à influencer avec intégrité son client en utilisant un langage inducteur riche et stimulant. Le coaching s’appuie directement sur les éléments de ce nouveau paradigme orienté solutions, stratégies et ressources.

Cette double paternité doit définitivement être considérée comme une fierté pour la profession. C’est une alliance très féconde qui a justement permis au fil du temps au coaching d’acquérir ses lettres de noblesse. Elle a permis au coaching de définir « la posture du coach » et de se démarquer ainsi de la « posture du thérapeute » issue des thérapies classiques. Car c’est bien des thérapies classiques que le coaching se différencie.

Lorsqu’on parle de thérapie classique, on fait en fait référence à un ensemble de prémisses nées pour un bon nombre d’entre elles de la psychanalyse et des courants qui en sont issus.

Voici quelques exemples de croyances issues des thérapies classiques comparées aux croyances qui fondent la pratique du coaching :

1. Les symptômes ont des causes profondes, sous-jacentes

C’est la « théorie de l’iceberg ». Le symptôme quel qu’il soit (excès de poids, dépendance à la cigarette ou à l’alcool, maux de tête, phobies, obsessions…) est l’expression d’une problématique plus large et plus profonde. Il faut donc aller en profondeur pour pouvoir idéalement prendre conscience de certains évènements traumatiques du passé et accéder ainsi à la guérison.

Le coaching pense par ailleurs qu’il n’est pas indispensable d’en savoir beaucoup sur le problème pour le résoudre. La prise de conscience d’évènements passés n’est pas un détour obligé pour dépasser une difficulté ou pour voir disparaître un symptôme. Pour utiliser une analogie, ce n’est pas parce que l’on sait pourquoi une porte est fermée que cela nous donne la clé pour l’ouvrir. Un coach préfère ainsi aider son client à mobiliser ses ressources intérieures (en lui permettant par exemple d’accéder à des expériences de référence positives) pour amoindrir ou dissoudre un symptôme. Pae exemple, si la personne souhaite être moins timide en société, il pourra explorer les origines de cette timidité en thérapie (ce qui peut prendre un certain temps) alors qu’il sera amené en coaching à découvrir les moments où il n’est pas timide (contre-exemples), ce qui l’amènera à réaliser qu’il possède les ressources de confiance en soi nécessaires pour s’affirmer en société. Il sera alors prêt, grâce à ce plus grand sentiment de confiance en lui, à oser s’exprimer dans des contextes où l’appréhension dominait auparavant.

2. La suppression d’un symptôme conduit inévitablement à une substitution de symptôme quand n’est pas prise en compte la fonction qu’il sert

Cette croyance signifie que toute suppression de symptôme sans découverte de ses racines ne peut être que temporaire et superficielle. Par exemple, si une personne parvient à arrêter de fumer sans avoir compris l’origine de ce comportement, cela ne fera que déplacer le symptôme, et elle se mettra alors à se ronger les ongles ou à prendre du poids par exemple. Et le sentiment de culpabilité surgira.

Le coaching pense au contraire que même si les symptômes sont reliés à des fonctions (plutôt appelée « intentions positives »), la suppression d’un symptôme peut être tout à fait « écologique » pour la personne et suppose simplement la découverte de nouvelles options plus saines pour elle qui préservent par ailleurs l’intention positive sous-jacente.

Par exemple, la personne qui souhaite s’arrêter de fumer et découvre les raisons de sa dépendance à la cigarette (le désir de se détendre, un besoin d’appartenance ou préserver une source de plaisir), peut explorer comment elle pourrait préserver son intention positive tel que « se détendre » en adoptant une habitude plus saine (ex : « s’accorder une heure juste pour elle de paresse devant la télé ou de lecture le soir »). Si l’objectif de détente est tout autant satisfait, voire plus, par cette nouvelle décision, elle pourra diminuer ou abandonner la cigarette comme source de détente.

À ce moment-là, la suppression du symptôme crée un sentiment de soulagement et non de culpabilité.

3. Les clients peuvent résister à la thérapie parce qu’ils sont ambivalents

Les professionnels de la relation d’aide ont depuis longtemps observé ce paradoxe chez les clients qui viennent consulter : « je veux changer mais sans rien changer ! ».

De son côté, la thérapie classique considère cet état de fait comme la preuve d’un système de protection ou de défense chez le client. Cette résistance défensive doit être dissoute pour permettre un changement qui tienne la route. Selon cette conviction, le client résiste naturellement à la thérapie et donc au changement. Certains clients sont donc qualifiés de plus résistants que d’autres.

Le coaching s’inspire quant à lui des apports du mouvement des thérapies brèves à ce sujet : la « résistance » est un faux concept. Il n’y a pas vraiment de résistance de la part du client, simplement une appréhension, plus ou moins intense, à changer et surtout un style de coopération plus ou moins rapide profondément relié à la confiance qui s’établit avec l’intervenant.

Le rôle du coach est alors d’accepter cette « résistance » pour éviter dans un premier temps de créer « une résistance à la résistance ». Ainsi, selon son degré d’appréhension à changer, le client possède un style de coopération lent, moyen ou plutôt rapide. Le coach gagne alors à s’adapter à la vitesse à laquelle le client souhaite changer de façon à établir avec lui un rapport de confiance fondé sur un rythme commun.

4. Les vrais changements demandent du temps; les interventions brèves sont superficielles et leurs résultats ne durent pas

Le changement prend nécessairement du temps selon la thérapie classique car les problèmes trouvent leurs racines la plupart du temps dans un passé lointain, ce qui a donc créé des habitudes ou « patterns répétitifs » que quelques séances ne peuvent véritablement venir ébranler. Résoudre le problème demandera donc généralement autant de temps qu’il a fallu pour qu’il s’installe.

Le coaching pense également différemment à cet égard. La croyance du coaching est que le changement est permanent. Tout est finalement toujours en mouvement dans la vie. Ce qui pose problème c’est plus le regard qui est porté sur le problème. Un coach aidera le client à travailler sur le regard qu’il porte sur sa difficulté et lui permettra de le voir autrement (« recadrage ») et d’élargir sa gamme de comportements en testant de nouvelles façons de faire pour introduire une petite différence dans une situation spécifique. Comme le coaching pense également que le changement est génératif, c’est-à-dire qu’il suffit d’un petit changement pour en créer d’autres à d’autres niveaux (« l’effet papillon »), cette petite différence finira par en faire une grande dans la vie de la personne.

Bien que coaching et thérapie partage de toute évidence le même but, celui de contribuer à un meilleur équilibre et à un meilleur bien-être des personnes accompagnées, leur chemin pour y parvenir n’emprunte pas les mêmes sentiers.

Là où la thérapie travaille sur la maturation de l’identité, la reconstruction de l’estime de soi, la maturité affective, la dépression ou la gestion de l’anxiété, le coaching est centré sur des objectifs spécifiques et formulés positivement en mobilisant les ressources intérieures de la personne accompagnée.

L’expression « un problème est une goutte d’eau dans un océan de solutions » s’applique bien à l’esprit du coaching.

Par ailleurs, il est important de mettre en relief à ce point-ci qu’un thérapeute de qualité et d’expérience est une personne qui a acquis une solide connaissance des pathologies psychoaffectives. Cela lui permet de traiter des problématiques de santé mentale (tels que la paranoïa, la schizophrénie, la dépression sévère ou autres) et des manifestations chroniques telles que les complexes d’infériorité, de supériorité, d’abandon, d’échec ou des comportements de dépendance (au jeu, à l’alcool, au sexe…). Il est habilité à accompagner des personnes en souffrance psychologique et émotionnelle, en processus de deuil ou de pardon.

Ce ne sont pas là des objectifs de coaching en tant que tel. Cela demande une sensibilité et une formation particulière qui n’est pas celle que reçoivent les coachs.

La « posture du thérapeute » est une posture ayant pour visée le dépassement de la souffrance, la reconstruction de l’estime de soi et une maturation de la personnalité alors que « la posture du coach » est une posture qui a pour visée la mobilisation des ressources et l’application de comportements en vue de la réalisation d’un objectif spécifique. Le but n’est pas l’évolution de la personnalité ou le développement de l’estime de soi en tant que tel, mais le développement de capacités – qui s’inscrivent la plupart du temps dans un plan d’action – pour permettre de sortir d’une difficulté particulière ou pour faciliter la concrétisation d’un projet ou d’un défi personnel ou professionnel.