Le chêne qui m’a appris à slamer la vie

Aujourd’hui le soleil brille et je suis pourtant d’humeur morose,
J’ai envie de faire claquer les mots et de laisser couler ma prose.
Pas de longues phrases, de mots savants, juste vider mon cœur,
Sur le clavier frapper les touches, cogner les lettres et buter la douleur.
Un rythme de slam résonne au fond de mon cerveau,
Vous l’entendez ? Bam bam, il va m’aider à faire sortir les mots.

*

Je me rappelle il y a quelques années, pas mal pour dire la vérité,
Le réveil à sept heures du mat’, tout de suite être au taquet,
Un gamin, deux gamins, trois gamins à habiller,
Dépêche-toi, dépêche-toi, on va être en retard, allez, allez !
Petit-déjeuner vite avalé, cartable bouclé, blouson enfilé,
Putain mais c’est pas vrai, tu sais toujours pas faire un lacet !
Allez, on monte dans la voiture, ferme ta portière, boucle ta ceinture,
V’là les poubelles, ils font exprès, on va arriver après la fermeture.
Allez, bisous, bonne journée mon cœur, amuse-toi bien !
Coup d’accélérateur, réunion à 9h, faut que j’y sois même si ça sert à rien.

Quai du RER, mon cœur bat fort et la sueur coule dans mon dos,
On est pourtant en hiver, bordel, j’ai pas pris mon déo.
Je bats la semelle, mais qu’est-ce qu’il fout ce train ?
Ah le voilà, on se pousse, on se serre, on n’a plus rien d’humain.
J’ai les cheveux dans les yeux mais je peux pas bouger mes mains.
Inspirer, expirer, Nation, Châtelet, Étoile, bientôt la fin du souterrain.
Vomie sur le quai par la horde pressée, escalier mécanique,
Je pense plus à rien, j’suis en pilote automatique.
Un rayon de soleil, tiens il fait beau, mais pas le temps d’m’attarder,
Portes coulissantes, contrôle d’accès, hall de verre et d’acier,
Plantes en plastique, ascenseur froid, ambiance aseptisée,
Je jette mon sac et attrape un dossier.

En réunion, débrouillez-vous, j’m’en fous, faut couper les budgets.
Virez les prestataires, virez les vieux, rognez sur la qualité,
On a des actionnaires, grassement faut les rémunérer.
Faire des projets ? Innover ? Délivrer un service de qualité ?
C’est vrai, sans déconner, c’est ça qui vous fait vibrer ?
Ah, ah, vous me faites rire, vous y avez cru quand on vous a embauchée ?
Retour au bureau, coup d’œil à la messagerie,
Messages d’injures, pas de bonjour, pas de merci.
Parenthèse rapide par la cantine bondée,
Du bio, du flex, du végan, du local, des graines germées,
Pour un peu je rêverais du hachis Parmentier de quand on était petits,
Mais c’est pas à la mode, c’est bien moins classe que les sushis.

L’après-midi s’enfuit de réunions en dossiers,
Vite, vite, abrège, ça va être l’heure de rentrer.
Faut pas que je rate le RER de 18h20
Sinon je vais arriver trop tard pour récupérer les gamins.
Je range mes affaires dans mon casier, plus de bureau privé,
Je cours sur le carrelage glissant du parvis mouillé,
Tiens finalement il a plu,
M’en suis pas aperçue.
C’est reparti, escaliers mécaniques,
Et vers le quai, descente frénétique,
J’arrive, la sonnerie retentit, je me précipite dans le wagon,
J’ai gagné cinq minutes, sacré coup de bol dis donc.
Bon, y’a pas de place pour s’asseoir, tant pis pour mon dos,
Pas le temps de rêvasser, faut que j’pense au frigo.
Y’a plus rien pour ce soir, j’vais m’arrêter au Franprix,
Du pain, des œufs et puis des spaghettis
J’aurai pas le temps de remplir un caddie,
Tant pis, pas grave, on verra ça samedi.

Ça y est, les gamins sont douchés et les devoirs sont faits,
Les spaghettis sont cuits et les œufs bien mollets.
Cinq minutes de pause, je regarde le courrier.
Facture EDF, catalogue Ikea et relance de loyer.
À table, les enfants, qu’avez-vous fait de beau aujourd’hui ?
Chacun y va de son histoire, c’est la cacophonie.
Allez, pyjama, lavez les dents et au lit !
Une histoire, un bisou, un câlin, passez une bonne nuit !

Je me couche à mon tour, et règle le réveil.
Mon dos m’fait mal et je sens plus mes orteils.
Je regarde le plafond et lance une prière :
Je veux que tout s’arrête, être seule, ne rien avoir à faire !

*

Les années ont passé et on a tous vieilli,
Les enfants ont grandi et  puis ils sont partis.
Ç’a pas été facile, les études, Montréal, Bruxelles, Paris,
Leur trouver un logement, suivre leurs choix de vie.
Maintenant ils sont grands et sont tous installés,
Un au sud, un à l’ouest et l’autre juste à côté.
Je suis assise au fond de mon vieux canapé.
Sur mes genoux un coussin, posé dessus un thé,
Un peu plus tard, je me ferai un café.

Je regarde dehors, le printemps a l’air de vouloir s’installer.
La maison est silencieuse, même pas un chant d’oiseau,
Faudrait ouvrir la fenêtre, mais comment me lever sans me faire mal au dos ?
Rien à faire aujourd’hui, et rien à faire demain.
Faudra quand même que j’pense à acheter du pain.
Les journées se ressemblent et manquent de couleur,
Au début j’aimais ça, les jours sans regarder l’heure.
J’avais envie de plein de choses, de marches dans les rues,
De rires au ciné, de lectures infinies, de musées imprévus.
Ce matin, plus envie, je me sens comme échouée,
Un tas de chairs molles posé sur le côté.
Que pourrais-je bien faire ? Une série à la télé ?
À cette heure du matin, y’a que « Amour, gloire et beauté ».

Je regarde dehors, le soleil est radieux,
Faudrait que je me bouge, ça irait sans doute mieux.
Voir du monde peut-être, mais qu’aurais-je à leur dire ?
Parler du beau temps, des voisins, me forcer à sourire ?
Je n’ai plus trop la force de rencontrer du monde,
Je me sens dériver, en moi plus rien ne gronde.
Tiens, on sonne ! Le facteur, j’ai un recommandé.
Bonjour, merci, au revoir, mes mots de la journée.

Alors que je referme la porte sur la vie,
Je repense à mes plaintes sur mes jours trop remplis.
Où est passé ce temps où j’avais trop à faire ?
Où sont ces moments pleins où je cherchais mon air ?
Étaient-ils si pénibles ou seulement bien vivants ?
Que n’ai-je su prendre conscience et profiter du temps.
Je me demande maintenant comment j’ai pu souhaiter qu’ça cesse
Et aimerais peupler mes jours, même d’un peu de stress.
Mais voilà je suis seule sans rien à espérer,
Hors la venue du facteur pour un recommandé.

*

J’aurais pu ce jour-là lâcher, abandonner,
Au fond du canapé, m’enfoncer et glisser.
Mais poursuivant sa course le soleil a tourné,
Et à travers la fenêtre est venu me chercher.
J’ai chaussé mes bottines et enfilé ma veste,
Marché vers la forêt, le pas et le cœur lestes.
J’ai longé un ruisseau joyeux et sautillant,
Et d’un merle moqueur j’ai savouré le chant.
Un iris bleuté mirait sa robe dans l’onde,
Un jasmin étoilé lançait son parfum à la ronde.
Dévalant d’un haut tronc un écureuil craintif
S’enfuit à mon approche sur un regard furtif.

La vie était partout, je me sentais renaître
La force de la nature envahissait mon être.
Alors je me suis adossée à un vieux chêne rugueux.
La tête contre son tronc puissant, j’ai fermé les yeux.
Au creux de mon oreille l’arbre m’a conté sa vie.
Il se rappelait tout, depuis qu’il était petit,
Les pluies d’été, la neige, les nids de chaque année,
Les chamailleries d’oiseaux et les glands nouveau-nés.
Les tours de bicyclettes des enfants excités,
Les amours de jeunesse des lycéens d’à côté.
À regarder le monde, il a beaucoup appris,
Appris surtout qu’à la pluie succède toujours l’éclaircie.
Il a écouté des enfants lui confier leurs idées de grandeur,
Revenir plus tard fiers de leur argent et mimant leur bonheur,
Au mitan de leur vie en rechercher le sens,
Et à son soir pleurer sur la vacuité de leur existence.

Je demandais au chêne s’il n’était pas fatigué,
Fatigué de rester toujours ainsi planté,
Fatigué de voir toutes ces vies défiler
En voyant les erreurs souvent se répéter.
Il me dit que chaque jour était recommencement,
Qu’il n’y avait rien de plus riche que chaque instant présent.
Je dis alors au chêne que c’était facile pour lui,
Facile parce qu’il savait qu’un jour suivrait toujours la nuit.
Il me confia qu’un orage était vite arrivé
Et qu’un seul coup de foudre pouvait le consumer.
Sentant son tronc frémir à l’idée de sa fin,
Je lui dis qu’en d’autres il survivrait demain.
Tous ces glands essaimés grandissaient de sa sève,
Tous ces enfants rassurés allaient prendre la relève.
Alors il me dit que c’était pour moi pareil,
Que je pouvais en d’autres semer des merveilles,
Transmettre mon savoir, mon vécu, mon essence
Et apporter ma pierre à l’infinie renaissance.

*

Je me suis relevée puis je l’ai enlacé,
Et j’ai laissé mon cœur de sa force se gorger.
Enfin je ne voyais plus les années comme menant au déclin,
Mais emplissant de précieux souvenirs un ravissant écrin.
J’ai compris alors que le temps enfui s’appelait l’expérience,
Que je pouvais la mettre au service des errants de l’existence.
J’ai compris que la vie se vivait à chaque instant
Puisqu’il nous faut admettre qu’elle peut s’arrêter n’importe quand.
J’ai compris que le parfum d’une fleur vaut la peine de se lever,
Qu’entendre un oiseau chanter vaut la peine d’avancer.
J’ai compris qu’entre un stress permanent et une vie de néant
Il y avait la place pour quelque chose de plus satisfaisant.
Et j’ai surtout compris que pour être comblé,
L’important est d’aider, donner et partager.

Alors j’ai secoué le plaid du vieux canapé,
J’ai rangé la zappette et le plateau télé.
J’ai rencontré des gens, découvert, échangé,
Et j’ai rempli ma vie de moments partagés.
Plus de stress, plus de course, mais plus de vide non plus,
Des jours comblés de joie comme de gros fruits charnus.
Et c’est avec l’envie de vous dire d’expérience
Que c’est en prenant soin que la vie prend son sens,
En prenant soin de soi, des autres, de son environnement
En cultivant des liens que l’on vit pleinement.
C’est pour vous demander de ne jamais abandonner,
De croire en l’être humain et en votre bonté,
De laisser un matin un rayon de soleil vous toucher
Que j’ai laissé ce soir mes doigts claquer sur le clavier.

 

© Copyright Isabelle Roche – 2019 – Tous droits réservés

Ce jour d’hiver où un lotus a fleuri sur le plateau d’Avron (accepter son âge)

Il fait un peu frais ce matin. On dirait bien qu’il va pleuvoir. Heureusement j’ai trouvé à garer ma voiture pas loin, sur les places à durée limitée. Il faut que je me dépêche avant que la lumière ne s’allume pour signaler un dépassement de temps. Je remonte l’allée. J’aime bien le marché de Neuilly-Plaisance [1]. Il y a une bonne ambiance. Et puis on est à l’abri. Les commerçants s’interpellent d’un étal à l’autre. Les clients déambulent entre les fruits et les légumes, certains pressés, d’autres nonchalants. Mon panier est presque plein, il me manque les fruits. Je vois la boutique, là-haut, tout au bout de l’allée. Là-haut. C’est vrai, je n’avais jamais fait vraiment attention, mais il est en pente ce marché. Pas beaucoup, un peu. Mais je sens l’inclinaison dans mes jambes. Je regarde les fruits. Les premières pêches sont là ! Et aussi leurs cousines les nectarines…

  • « Bonjour Madame. Qu’est-ce que je vous sers ? »
  • « Je voudrais des pêches… Mais je ne sais plus, il y en a un qui préfère les blanches, l’autre les jaunes, mais lequel ? Mettez m’en trois de chaque, s’il vous plaît. »
  • « Ah oui, c’est comme ça avec les petits-enfants, pas facile de retenir les goûts de chacun ! »

Je souris, j’acquiesce et paie mon dû. La phrase tourne dans ma tête. « Les petits-enfants… ». En fait, je parlais de mes enfants. Qu’est-ce qui a pu lui faire penser que j’avais des petits-enfants ? Certes, mon aîné a vingt ans, que le temps passe vite, Madame hier encore il était si petit… Mais quand même… La voiture est toute proche, la lumière ne clignote pas encore, j’enfourne mon panier à l’arrière et je démarre.

Voilà, j’ai couvert le petit kilomètre qui me séparait de chez moi. Tiens, c’est vrai, avant j’allais au marché à pied. Mais bon, ce n’est pas très plat Neuilly-Plaisance. Et puis je n’ai pas vraiment le temps. Il faut que je… Que je quoi ? Je ne sais plus. Pourtant, j’en suis certaine, j’avais une chose importante à faire. Bah, ça me reviendra…

En vidant mon panier je repense à la commerçante et aux petits-enfants. Je me dirige vers la salle de bain. J’appuie sur l’interrupteur. La lumière un peu blafarde m’éblouit un instant. Je m’approche. Je vois d’abord ces deux rides de part et d’autre de la bouche. Des rides d’expression, rien de plus. Puis celles du lion, entre les yeux, pas si marquées, mais étaient-elles là il y a seulement un an ? J’observe mes lèvres. Elles tombent un peu de chaque côté. Je passe le bout de mes doigts sur mes joues. Un peu rêches, un peu ternes. Rien à voir avec la peau des pêches que je viens de sortir du panier. Je laisse courir mes doigts et soulève les cheveux de mes tempes. Des fils blancs. Nombreux. Je n’y avais jamais prêté attention. Je m’éloigne un peu du miroir. Ma silhouette s’est alourdie. Elle a raison, cette femme, je suis vieille…

*

Le temps a passé et avec lui la saison des pêches. Le raisin et les châtaignes envahissent les étals du marché. Les citrouilles montrent leurs dents. Je traîne mon chariot à roulettes derrière moi, et, accrochée à lui, une sombre lassitude. Je repense à cette frénésie qui m’a prise à l’entrée de l’été : j’ai épluché les journaux féminins sans relâche pour découvrir tout ce que je pourrais dresser entre moi et la vieillesse. J’ai acheté des crèmes, de jour, de nuit, pour le visage, les yeux, le cou, le ventre, des sérums, je me suis tartinée de masques de drôles de couleurs, je suis allée me faire masser, palper, rouler, j’ai acheté des gélules, des capsules, des tisanes, du thé, du café, des algues, un appareil à ressort pour les abdos, des électrodes qui me secouent le ventre, j’ai fui le soleil qui tannait ma peau, j’ai fui les fous-rires qui creusaient mes rides, j’ai fui les amis qui me voyaient me déliter. Je n’ai gardé que mon miroir. Mon miroir qui me criait chaque jour : « tu es vieille ! ». Je ne souris plus aux commerçants. En rentrant je n’aurai rien à faire. A quoi bon faire des projets, puisque la vie s’en va, je suis sur la pente descendante, je ne sers plus à rien, je suis moche et inutile…

L’hiver est là. Ça fait déjà un moment que le froid s’est installé. Les feuilles des arbres ne sont plus qu’un lointain souvenir, seules quelques épines de sapin gisent encore çà et là sur les trottoirs. Le médecin m’a dit de marcher davantage. J’ai mis mes bottes fourrées et mon écharpe mauve. Elle est douce, je l’aime bien. Je monte vers le plateau d’Avron. Mes bottes ne sont pas lourdes, mais la côte est rude. Je traîne un peu les pieds. Le ciel est bleu, l’air est vif. Me voilà au sommet. Je respire fort. Je sens mon cœur cogner dans ma poitrine. Je m’assieds sur un banc qui a un jour été peint en blanc. Un peu sur la gauche se dessine la silhouette d’un chapiteau. L’école de cirque.

Je ferme à demi les yeux. Le jaune, le blanc et le noir du chapiteau se fondent. Les contours deviennent un peu flous. Mes pensées flottent. J’entrevois cette masse, là, juste à gauche. N’est-ce pas une montagne ? Une montagne, avec le jaune des fleurs, le noir de la terre, le blanc de l’écume d’un torrent ? Je m’avance. Oui, c’est cela. Un sentier s’élève doucement, comme une invitation à progresser parmi les fleurs. Leur parfum est léger. Des abeilles volettent. J’entends le murmure d’un ruisseau. Je progresse lentement sur le chemin. Le sol est doux sous mes pieds. Au détour d’un lacet, je tends la main pour cueillir des mûres. Elles sont chaudes et sucrées. Je laisse la douceur de leur jus me ramener vers l’enfance, les cueillettes en bordure des champs, discrètement pour ne pas alerter les vaches énormes, et les gros bols débordants de fruits violets, presque noirs, que l’on noyait sous le sucre brillant. Après avoir traversé un bosquet de pins majestueux, les arbres se font plus rares. Je saisis du coin de l’œil la course furtive d’un lapin. J’aperçois le sommet. Le chant des oiseaux se fait discret, le silence est plus dense, la luminosité plus forte. Il me semble distinguer une forme là-haut, tout en haut.

Je continue ma progression sur le chemin, maintenant bordé de pierres entre lesquelles poussent des fougères. La forme se précise un peu. Une forme oblongue, dressée vers le ciel. Quelques pas. Rose, la forme est rose, d’un rose délicat, ourlé de blanc. J’y suis presque. Au creux d’un morceau de granit poli par le temps, un peu d’eau claire reflète le vaste ciel limpide. Et au milieu, délicatement posé, un lotus. Rose. Fermé. La pointe levée vers le ciel.

Je m’assieds dans l’herbe face à lui. Il me semble entendre une douce musique. Les pétales extérieurs commencent à s’ouvrir, en laissant apparaître d’autres jusque-là cachés aux regards. Je pose mes yeux sur cette nouvelle corolle qui chatoie maintenant au soleil. Et je me revois quelques années plus tôt. A cette époque où j’ai changé de métier pour me tourner davantage vers les autres. Je ressens le bonheur qui m’avait emplie alors, la sensation d’une petite libération intérieure. J’avais douté, j’avais travaillé, passé des nuits à étudier, à réfléchir, à chercher ma voie, et j’avais fait ce choix que je n’ai jamais regretté.

Le lotus s’ouvre encore un peu. Une nouvelle rangée de pétales se découvre, d’un rose tendre. Je me revois il y a plus longtemps, un jour où je dispensais une formation au sein de mon entreprise d’alors. Je me souviens l’angoisse au creux du ventre, la peur de mal faire, puis peu à peu le plaisir de transmettre et enfin la chaleur des remerciements.

Une nouvelle rangée apparaît. Me voilà avec mes enfants petits. Sur un tapis de jeu. Une boîte, des formes, des trous. Je leur parle, explique, montre. Mon esprit s’échappe. J’ai peut-être plus utile à faire, la cuisine, les courses, un dossier à terminer. Je reviens au jeu, et soudain la joie m’inonde quand la petite main place le rectangle dans le bon sens et qu’il disparaît dans la boîte. Le rire cristallin de l’enfant.

Le lotus s’ouvre encore. Les pétales sont plus petits, un peu plus foncés, magnifiques de symétrie et de velouté. Je me revois dans une file d’attente à l’université. C’est le jour des inscriptions. J’ai choisi ma voie. Voilà ce que je serai. Juste à patienter quelques heures pour atteindre le guichet où je pourrai déposer mon dossier. J’espère que j’ai bien tous les papiers…

D’autres pétales de nouveau. Je sens la main de ma mère qui me lâche. Elle me pousse légèrement en avant. Ma première rentrée des classes, un monde nouveau s’ouvre à moi. Tous ces enfants. J’ai un peu peur, j’essaye de retourner en arrière. Une dame inconnue me tend la main. J’hésite un peu. Une larme coule sur ma joue. Je fais un pas en arrière. La main accompagne mon mouvement. Je la prends timidement. Quelques pas en avant, je m’assieds sur le banc…

Je regarde la fleur ainsi s’ouvrir, me montrant doucement toutes les expériences qui ont fait ce que je suis maintenant. Tous ces choix, tous ces moments de doute, de douceur, de tendresse, ces connaissances acquises au fil du temps, ces rencontres qui m’ont façonnée, construite, élevée. Je me retourne. Du haut de la montagne j’embrasse le vaste horizon. Où que mon regard se porte, la vue est magnifique, la nature resplendissante. J’entends des mélodies joyeuses, des rires, des chants d’oiseaux, le bruissement des feuilles et la chanson de l’eau. Je regarde le sentier par lequel je suis montée. Mon chemin de vie. J’ai avancé dans les années. C’est vrai. Et je suis riche de tant d’expériences, de tant de souvenirs, de tant de bonheurs. Qu’est-ce que l’âge ? Peut-être la possibilité de transmettre ce que je sais. Peut-être aussi la possibilité d’apprendre encore. Et la capacité de profiter du moment présent, sans impatience, sans envie, sans regrets. Je me sens sereine, tranquille, apaisée…

*

Ma vision se brouille. Les bruits changent. Je sens un air frais, presque froid, soulever mes cheveux. Je perçois un mouvement près de moi. Je cligne plusieurs fois des yeux. Je tourne la tête. A côté de moi sur le banc se tient une jeune fille. Elle a les yeux rivés sur une tablette et soupire. Elle me regarde. « C’est le dernier jour pour saisir ses vœux dans APB [2], je ne sais pas quoi faire. J’ai très envie d’être journaliste, mais mes parents ne veulent pas. Trop de concurrence, pas assez de boulot. Pourtant ça me plairait de rencontrer des gens, de raconter leur histoire. Ils veulent que je continue dans les maths. J’en ai marre des maths moi. Mais peut-être que ce serait plus facile pour trouver un job plus tard. Je ne sais pas ». Je repense à ce choix. Ce moment où j’ai suivi le flot sans réfléchir à ce que je voulais vraiment. Je repense aussi à cette période plus tardive où j’ai changé de voie. Rien n’est écrit, rien n’est définitif. Peut-être pourrais-je la rassurer ? Peut-être pourrais-je essayer de lui faire prendre conscience de ce qu’elle veut au plus profond d’elle-même ? Mais qui suis-je pour me mêler de ça ? Une vieille sur un banc. Ou peut-être une femme d’expérience qui peut, sait-on jamais, lui enseigner quelque chose. Au fond, pourquoi pas… La conversation s’engage, les visions se partagent, les mots prennent du sens, l’avenir se dessine, la confiance nait. Son choix est fait.

Je regarde la jeune fille s’éloigner en direction du chapiteau. Elle a l’air légère. Je la regarde se pencher pour sentir une fleur. Tiens une fleur en hiver ? Jaune, lumineuse. Je me demande ce que c’est. Une fleur d’ajonc peut-être. Je la laisse à son chemin et entreprends ma descente. Entrainée par la pente, je me mets à courir comme une enfant. Je ris en tournant sur moi-même. Mon écharpe vole derrière moi. Tiens, le marché est encore ouvert ! Je choisis une belle pomme, rouge comme mes joues, brillante comme mes yeux, juteuse comme les mûres de mon enfance, et, qu’importe mon âge, qu’importe le temps, je croque dedans à pleines dents, avec la même ardeur que celle que je vais mettre à croquer la vie maintenant !

 

[1] Ce texte a été écrit pour le concours de nouvelles 2017 de la ville de Neuilly-Plaisance. Il s’agit d’une commune française de Seine Saint Denis, proche de Paris. Elle est située sur les pentes d’une colline appelée « le plateau d’Avron ». A son sommet s’élève un grand chapiteau jaune, noir et blanc, qui abrite une école de cirque.
[2] Plateforme internet permettant aux élèves d’exprimer leurs vœux d’orientation pour les études supérieures. Elle sera remplacée en 2018 par « Parcoursup ».

 

© Copyright Isabelle Roche – 2018 – Tous droits réservés

DOSSIER SPÉCIAL : COACHING SYSTÉMIQUE

Coaching systémique :  comment envisager le coaching dans sa dimension globale systémique, au-delà de la vision linéaire, consistant à croire que le coaching se limite au contenu de ce qui est dit au travers de quelques pauvres séances ? Commet repérer et utiliser les échos systémiques ? Comment envisager le coaching dans une acception plus vaste que le pur et dur “travail sur les objectifs” ? Où situer le coaching systémique dans une écologie globale de l’être humain… (voir : coaching holistique)

LE COACHING SYSTÉMIQUE – DÉFINITION

Le coaching systémique est fondamentalement le coaching du client considéré lui-même comme un système, et appréhendé dans ses interactions avec d’autres systèmes de son environnement. Expliquons-nous :

Le client est un système, c’est-à-dire un ensemble d’éléments en interactions au sein d’une même unité de logique, qui donne une cohérence à son tout. Cette cohérence est relative et provisoire. Si elle est nécessaire pour offrir de la stabilité, elle doit pouvoir aussi s’adapter pour faire face aux changements de l’environnement. Le coaching systémique envisage les moyens habiles de cette stabilité et de ces ajustements.

La fourmi de Toronto (petite leçon d’estime de soi)

Toronto. Canada. Après une huitaine d’heures de vol (pas à mon compteur, il faudrait multiplier par six ou sept), j’ai posé les pieds et les yeux sur le Nouveau monde. Le décalage horaire m’offre une journée de trente heures. Le soleil est haut dans le ciel tandis que la nuit tombe à l’intérieur de moi et alourdit mes paupières. Toronto, quatrième plus grande ville d’Amérique du Nord. Toronto, troisième ville la plus attractive du monde. Toronto, ville la plus multiethnique du monde. Les chiffres dansent dans ma tête.

Yonge avenue. Vous saviez ça, vous, qu’il y avait une loi qui déterminait la hauteur des constructions en fonction de la largeur de la rue ? A partir d’une certaine hauteur il fallait mettre la façade en retrait, et ainsi de suite plus on montait, pour ne pas empêcher la lumière d’arriver jusqu’au sol. Ce qui donne aux anciens bâtiments une drôle de forme d’escalier. Ou de pyramide maya… Ça ne doit pas ou plus être le cas ici.  Des parois de verre vertigineuses s’élèvent vers le ciel. Des buildings aux formes effilées, arrondies, étagées se succèdent. De temps à autre un ancien bâtiment ramène au siècle dernier, enfin non, celui d’avant, déjà un moment qu’on est au vingt-et-unième siècle, faut que je m’y fasse. Depuis 2000 ou 2001 ? Ah non, je n’entrerai pas dans le débat !

J’avance sur le trottoir. Pas très propre. Tiens, c’est quoi cette enseigne verte et blanche avec une espèce de sirène à l’intérieur ? Il me semble que j’en ai déjà vu une tout à l’heure. Starbucks café. Croisement de Dundas street. C’est pas mal ces noms de rue suspendus dans les carrefours. Au moins on s’y retrouve. Un H&M géant étale ses vitrines à ma droite. Sur ma gauche s’ouvre une place. Des jets d’eau. Une bouche de métro. Un marchand de journaux. Mais rien de Pigalle. Des façades couvertes d’écrans géants diffusent des images qui explosent de couleurs. Le dernier jean à la mode, avec ses clous et ses trous. La barre chocolatée super bonne pour la santé. La chaussure de jogging qui vous fait voler au-dessus du bitume. La meilleure banque, la meilleure compagnie d’assurances, la meilleure agence de voyages. L’image que je me fais de Times square à New York… Je continue à avancer. Queen, Adélaïde, King. Les rues se succèdent. Toutes à angle droit. Pas trop de voitures. Pas du tout de vélos. Des taxis orange et verts pas très jolis. Des corps roulés en boule sur les bouches d’aération du métro. Des hommes, des femmes, des enfants, des vieux, des jeunes, des grands, des petits, des bruns, des blonds, des roux, des bleus, des verts, des percés, des tatoués, des palots, des bronzés, des gens. Nombreux, multiples, serrés…

Les immeubles s’élèvent de nouveau très haut vers le ciel. Je me fraie un chemin dans la foule. Pas stressée, pas pressée, la foule. Attendant sagement que le « petit bonhomme » soit blanc (ben oui) pour traverser. Pas une foule hostile. Pas une foule oppressante. Je croise des regards, je vois des visages, je perçois des mouvements, je capte des rires, j’entends des mots que je ne comprends pas. Encore cette sirène blanche et verte. Encore un Starbucks café. Tout se met à tourner. J’ai l’impression de rapetisser, comme dans un certain dessin animé. Je me sens submergée par cette multitude. Moi qui d’habitude ait une place, pas bien grande, mais une place quand même, un numéro dans une rue, un bureau dans une tour, mon épicerie, ma boulangerie, mes collègues, mes amis, mes connaissances, les gens que j’aime, ceux que j’aime moins, mon cours d’aquagym, mon dentiste, mon fauteuil préféré… J’ai soudain conscience, là, dans Yonge street, adossée au mur du Hockey hall of fame, que je suis une poussière sur cette terre. Même pas un numéro, rien. Tant de gens, qu’ai-je à offrir, moi ? Tous ces êtres humains ici autour de moi, et ces milliards d’autres qui respirent ailleurs sur la Terre, dont je ne croiserai jamais le regard, dont je n’entendrai jamais la voix, qui vivent, qui rient, qui chantent, qui souffrent, qui meurent, à qui je n’offre que ma plus totale indifférence. Je ressens une profonde inutilité, l’impression de pouvoir me rayer de la surface du globe sans que la moindre aile de papillon ne tressaille. Moi qui parfois arrive à ressentir se sentiment merveilleux d’être reliée au monde, de faire partie d’un tout infiniment vaste, je sombre sur ce trottoir grisâtre. Rien, je ne suis rien. Tous ont mieux à offrir que moi. Je cherche des yeux un arbre, une fleur, un brin d’herbe, n’importe quoi pour m’accrocher au monde. Rien. Même pas un mégot de cigarette, il n’y en a pas sur les trottoirs d’ici. Mes pensées s’embrument, je sens mon dos glisser contre la pierre incongrûment semblable à celle des immeubles haussmanniens, je m’enfonce dans le sol, je me dissous…

*

Sur l’écran noir de mes paupières closes passe l’image d’une femme. Petite, tordue, ridée. Toute de blanc vêtue, hormis un liseré bleu, un peu genre torchon de cuisine, il faut bien le dire, bordant le voile qui enserre ses cheveux. Elle sourit. Une grande bonté émane de tout son être. Elle tend la main. Mère Teresa… Je chasse l’image avec un peu de colère. Jamais je ne serai elle, je ne suis même pas capable de parler à cet homme couché sur ses cartons. Rien, je ne suis rien.

Un homme vêtu d’une longue robe bordeaux et orange prend sa place. Pas de cheveux. Des lunettes à fine monture. Les mains jointes. Je ne vois pas bien. Surtout les yeux fermés me direz-vous. Je sens la douceur du regard, la sagesse, l’amour, la compassion, l’altruisme. Comme une aura qui flotte autour de lui. Matthieu Ricard ou le Dalaï Lama ? Qu’importe. D’un revers de main imaginaire, j’éjecte l’image en dehors de mon écran mental. Jamais je ne serai lui, je ne suis pas fichue d’aller à l’école d’à côté aider les enfants à faire leurs devoirs. Que pourrais-je reconstruire des écoles au Népal ? Je ne supporte pas le bruit de ma voisine, comment pourrais-je discuter cinq secondes d’altruisme ? Rien, je ne suis rien.

De nouveau un homme avance. Sur ses cheveux blancs est posé un chapeau de feutre noir. Une légère fumée l’entoure. Il tient une pipe à la main. Autour de lui dansent des trolls et des dragons. Derrière lui se tient un homme majestueux à la longue barbe blanche, une capuche rabattue sur les yeux, un long sceptre à la main. On dirait le professeur Dumbledore. Non, pas tout à fait. Un magicien pourtant. À ses pieds se traine un personnage tordu, nu et aux yeux globuleux. L’homme au chapeau avance. Il tient à la main un stylo qu’il me tend. J’ai du mal à le reconnaître. Dans son autre main une carte parcheminée : la terre du milieu. J.R.R. Tolkien. Je tends la main vers le stylo, un instant mes doigts flottent. Puis j’éloigne rageusement la clique et son anneau. Jamais je ne serai cet homme. Je n’ai jamais été foutue d’inventer une seule histoire, même pour endormir mes enfants, comment pourrais-je faire vivre un monde avec mes mots ? Rien, je ne suis rien.

Les images se succèdent. Paolo Coelho et sa cinquième montagne. Christophe André et son humilité. Saint-Exupéry et son petit prince. Gandhi et ses lunettes rondes. Alexandre Jollien et son amour nu. Richard Bach et son goéland. Nelson Mandela et son discours d’investiture. Laurent Gounelle et sa tour Eiffel. Sœur Emmanuel et ses chiffonniers. J.K. Rowling et son Choixpeau. L’abbé Pierre et son hiver 54. Coluche et sa moto… Et dans les phares du putain de camion, je reconnais même Michel Martin. Michel Martin, il était au lycée avec moi. Un gars qui ne faisait pas de bruit. Milieu de classe. Quelques copains. Ni populaire ni bolos comme ils disent dans « Fais pas ci, fait pas ça ». Pas de grosses qualités, pas de gros défauts. Michel Martin passe devant mes yeux. Plus vieux. Un costume bien coupé. Une mallette à la main. Un stéthoscope autour du cou. Il a réussi, il fait médecin. Il va à son rendez-vous place des grands hommes…

Quelque chose me chatouille la main. J’abaisse le regard. Paupières closes ? Paupières ouvertes ? Je ne saurais dire. Une petite fourmi se tient là. Je vois ses antennes bouger. Elle me regarde.

– « Qu’est-ce que ça t’apporte de te comparer à ces personnes ? »

Quoi ? Une fourmi qui parle. N’importe quoi. Quoique. J’en connais bien une qui envoyait bouler une cigale parce qu’elle ne voulait pas donner son miam. Ce que ça m’apporte ? Une idée d’un idéal à atteindre. De ce que je voudrais être.

– « Et ça provoque quoi en toi ? »

Du découragement. L’impression de ne pas être à la hauteur. D’être insignifiante, incapable, médiocre. Que je n’y arriverai jamais.

– « Et du coup, concrètement, tu fais quoi ? »

Je fais quoi, je fais quoi. Je m’avachis sur un trottoir au pied d’un hall of fame qui ne m’accueillera jamais. Je ne fais rien. Je commence des trucs, je vois comme c’est minable, je vois comme tous les autres font mieux, je m’effraie du chemin à parcourir, je laisse tomber. Je fais autre chose. Un truc simple. Je mange du chocolat. Je regarde la télé.

– « Et tu vois quoi, dans ta télé ? »

Je vois une interview d’Hubert Reeves. Il est tellement passionnant. Je n’arriverai jamais à rien de tel. Je zappe. Le téléachat. Oui, c’est bien ça. Pas de risque que je me dévalorise. Quoique. Si j’utilisais leur appareil à abdos, je serais peut-être mieux. C’est vrai, regarde-toi ma pauvre fille, grosse, moche et avachie… A côté de cette superbe présentatrice.

– « Ça t’apporte quoi de te comparer à cette présentatrice ? »

Quoi ? Mais tu me l’as déjà demandé, ça. Tu ne serais pas en train de vouloir me montrer que je suis dans un cercle vicieux ? Une spirale négative ?

La fourmi passe sur mon autre main.

– « Choisis une des personnes à qui tu te compares. Qu’est-ce qui dans son expérience pourrait être utile pour toi ? »

Mmmm… Mmmmm… Oui, bon, je réfléchis. Bah, puisque c’est une fourmi qui me parle, prenons Bernard Werber. Grand auteur. Grand conférencier. Grand esprit. Qu’est-ce qu’il m’a fait voyager ! Jamais je ne pourrai lui…

– « Ce n’est pas ce que je te demande ! Qu’est-ce qui dans son parcours pourrait t’inspirer ? »

Pff, si on se fait engueuler par les fourmis maintenant… Eh bien, son manuscrit des Fourmis a été refusé une bonne vingtaine de fois.

– « Et ça t’apprend quoi ? »

Qu’il faut persévérer. Ne pas se décourager.

– « S’il s’était traité de médiocre quand il a eu son premier refus et qu’il s’était dit qu’il n’y arriverait jamais, il se serait passé quoi ? »

Et ben, je n’aurais jamais pu lire Les fourmis ! Cela aurait été dommage…

– « Ça te dit quoi pour toi ? »

Que je ne suis pas obligée d’abandonner.

– « Et ça provoque quoi en toi de savoir que tu n’es pas obligée d’abandonner ? »

Oh, mais elle m’en pose des questions, la fourmi ! Elle aurait peut-être mieux fait de rester dans le bouquin de Bernard Werber ! Qu’est-ce que ça provoque ? Ça me fait entrevoir un chemin.

– « Un chemin ? »

Plusieurs en fait. Des possibilités. Des voies. Des directions.

– « Tu ressens quoi ? »

Quelque chose qui tremblote au fond de mon ventre. Un peu comme des fourmis (et toc !). Mes mains qui veulent bouger. Mes pieds qui veulent avancer. Un désir d’apprendre, de progresser. Un peu d’excitation. De l’impatience. Une envie de me lever et de courir sur le chemin.

– « Et si tu te croisais à ce moment-là, tu dirais quoi de toi ? »

Non, mais je discute déjà avec une fourmi, il faut maintenant que je sorte de mon corps et que je devienne quelqu’un d’autre, un peu gonflé quand même ! Je me dirais que cette personne que je croise a l’air enthousiaste. Qu’elle a l’air dynamique et joyeuse.

– « Tu lui dirais qu’elle est grosse, moche et avachie ? »

Ça va pas, non ? Jamais je ne dirais un truc pareil à personne !

– « Alors pourquoi tu te le dis à toi ? ».

Silence…

« Parle-moi encore de cette personne que tu croises. »

Eh bien, elle sourit. Elle regarde vers l’avenir. Elle semble avoir confiance en elle.

– « Et d’après toi, quand cette personne se compare à quelqu’un d’autre, elle se dit quoi ? »

Ben, elle ne l’envie pas, non. Elle n’est pas jalouse. Elle ne se dit pas qu’elle ne lui arrivera jamais à l’ongle du petit orteil. Elle voit en l’autre une source d’inspiration. Ça la motive.

– « Et du coup ? ».

Ben, elle a encore plus envie d’aller de l’avant !

– « Et ? »

Hé là, tu recommences à me faire le coup du cercle ! Le cercle vertueux ! La spirale positive !

*

J’ouvre les yeux. J’ai dû m’endormir. P***** de décalage horaire. Je me relève et secoue mon corps endolori. Je reprends ma route et continue à descendre Yonge street. Les immeubles se font plus rares. L’horizon s’ouvre. Je débouche sur les bords du lac (Ontario, pas Julien Doré). Une grande pelouse s’étend à ma droite. De fiers érables dressent leurs branches couvertes de feuilles commençant tout juste à rougir vers le ciel encore clair. Une brise légère me parvient du côté de l’étendue d’eau qui ondule tranquillement. Un des bateaux qui relie la côte aux îles toutes proches corne en quittant son embarcadère. Des oiseaux virevoltent au-dessus de lui. Je revois l’espace d’un instant les chalutiers revenant au port de Concarneau, charriant derrière eux une horde de goélands braillards. Je perçois un mouvement vif sur la pelouse. Un écureuil. Noir. Magnifique. Il fait des bonds, examine le sol, ramasse quelque chose, s’en va plus loin et finit par disparaître dans les frondaisons d’un bouleau. Ben oui, c’est vrai qu’il y a des érables au Canada, mais pas que… Je marche sur les planches de la promenade qui borde le lac. Un petit air de Deauville. Sans la plage…

Comme plus tôt dans la ville, de nombreuses personnes déambulent sur le quai. La foule ondule, s’écarte, se rejoint, se fait bruyante puis murmure, ralentit, accélère, virevolte, et je me sens bien en son sein. Tant de personnes, tant d’êtres uniques, apportant chacun leur petite lumière au monde, le scintillement d’une idée, l’éclat d’un mot, la douceur d’un geste, la justesse d’une parole, la bienveillance d’un regard. Et qui suis-je moi, au milieu de la foule qui s’élance et qui danse une folle farandole ? Un être unique également. Ni plus ni moins que les autres. Avec autant de choses à apporter au monde. Avec autant d’idées à défendre. Avec autant d’amour à donner. Avec autant de pensées à discipliner. Avec autant de mots à partager. Jamais je ne serai quelqu’un d’autre, puisque je suis moi, mais je sais maintenant que le monde qui m’entoure, les hommes, les femmes, les arbres, les fleurs, les pierres du chemin, l’eau du lac, le nuage en forme d’oiseau, l’écureuil qui gambade et le parfum des roses constituent une source d’inspiration infinie, que l’élan de chacun m’a aidé, m’aide et m’aidera à avancer, qu’il n’y a que moi qui perds mon temps à me juger.

Je vois le chemin qui s’ouvre devant moi. J’ai hâte de m’y avancer, de découvrir de quoi chaque jour est pavé, de m’élever, d’apprendre, de découvrir, d’écrire, de partager. J’inspire l’air lacustre, je m’élance, je file, droit devant ! Enfin presque. Parce que là, devant moi, au milieu du passage, une petite fourmi trimballe un morceau de feuille sur son dos. Elle avance tranquillement, un pas après l’autre. Elle sait où elle va. Elle ne doute pas. Je la contourne avec précaution. Je rêve ou elle m’a fait un clin d’œil ?

 

© Copyright Isabelle Roche – 2017 – Tous droits réservés

Et si l’on essayait le contraire… par Gabrielle Néron

Nos enfants, ces êtres si chers à nos yeux… Et pourtant parfois, dans la routine effrénée, la gestion quotidienne devient tellement compliquée qu’on perd patience. On parle de plus en plus fort, on exige, on les presse. Et ça ne fonctionne pas. Qui ne se rend jamais jusque-là?!

Et si on essayait autre chose? Et pourquoi pas le contraire? On appelle ça, aller dans le sens de la résistance!

Imaginez-vous que j’arrive et vous pousse dans le dos pour avancer. vous allez surement vous braquer, résister à ma poussée. Si j’insiste et pousse un peu plus, vous allez probablement pousser plus fortement dans la direction contraire. Et si j’arrête de pousser ? On va retrouver un équilibre. Et si je vous tends la main ? Il y a de fortes chances que vous me tendiez la vôtre. Je peux alors tirer dans la direction voulue.

C’est bien beau tout ça, mais comment on fait dans notre routine hyper serrée ?

Ça dépend de la résistance.

Mon conjoint est enseignant à la même école où va mon fils. Il l’amène avec lui tous les matins, mais mon conjoint doit être dans les premiers arrivés et il n’aime pas être en retard, mon fils non plus d’ailleurs. Ça lui plait d’arriver tôt, car il prend son temps une fois rendu. mais pour la routine du matin, c’était difficile, il ne faisait rien par lui même. Il fallait lui demander 3 fois de faire chaque tâche  : va brosser tes dents, habille-toi, mange, mange, manGE !!! ouf… ce n’était agréable ni pour lui, ni pour nous. L’intention de mon petit bonhomme était de prendre son temps et de faire à sa façon, mais son rythme cadrait mal avec nos obligations.

En y réfléchissant, mon conjoint et moi, on a réalisé qu’on ne lui permettait pas de développer son autonomie, car nous lui disions toujours quoi faire. Il ne pouvait même pas vivre les conséquences de son rythme lent.

On a alors demandé à notre fils de réfléchir à sa routine et de trouver lui même l’ordre de ses actions. On a convenu secrètement mon conjoint et moi que j’irais le porter à l’école s’il n’était pas prêt à temps. On n’a rien fait et rien dit durant les jours qui suivaient. après 1 journée, nous étions nous même surpris de la qualité du changement. Le laisser vivre la possibilité d’être en retard a joué sur sa motivation. Il a décidé qu’il faisait toutes ses tâches rapidement et qu’après il avait le temps de jouer le temps que son papa finisse de se préparer! En plus d’avoir des matins vraiment agréables, il était fier de lui!

Un autre exemple, une maman m’a partagé qu’elle se chicanait tous les matins avec sa fille pour la coiffer. La petite adore ses cheveux et veut qu’ils soient coiffés parfaitement avant de partir. Ça prenait toujours beaucoup trop de temps et dégénérait souvent en dispute. J’ai proposé alors qu’elles partent à l’heure prévue coiffée ou pas coiffée. Il se peut que la première fois, ce soit plus long, car elle ne voudra pas partir. mais tenez bon, expliquez-lui qu’il est important pour vous d’être à l’heure au travail. C’est le moment où l’on arrête de pousser. En chemin, il faut lui demander comment elle pourrait trouver un autre moment pour se coiffer qui serait mieux pour la routine? Faites confiance à votre enfant pour trouver des solutions. Je vous jure qu’en 2-3 matins, vous n’aurez plus de problème de coiffure ou de « je ne veux pas déjeuner! ». Dans cet exemple, l’intention de l’enfant est d’être bien coiffé pour partir à l’école, elle a trouvé d’autres solutions que de le faire à la dernière minute.

Ça vous semble difficile à gérer ? Demandez-vous alors ce qui est le plus agréable  : 2-3 matins difficiles et après une routine plus adaptée aux envies de l’enfant ou tous les matins à lutter contre les envies de l’enfant qui ne cadre pas dans votre routine ?

Ça vaut la peine d’essayer, je vous le jure! Il faut d’abord trouver l’intention de votre enfant dans son comportement à problème : prendre son temps, faire à sa façon, être bien coiffé… Et lui permettre de trouver des solutions pour rencontrer ses envies.

Changer nos façons de faire pour aller à la rencontre des besoins des enfants donne des résultats gratifiants pour toute la famille! Ça vaut la peine d’essayer!

Coaching et Savoir-être

Lyne Leblanc

Atelier Thématique
Coaching et savoir-être : La présence au service du changement.

Dates : 11 et 12 mai 2019
Avec Lyne Leblanc, Coach et formatrice, PCC, CRHA

Cet atelier de 2 jours vous fournit l’occasion d’approfondir la présence, une compétence essentielle en coaching.

La performance en coaching se trouve davantage dans la capacité à être dans le moment présent, dans la profondeur de l’attention portée à l’autre que dans la performance des outils proposés. La présence donne véritablement accès à la grandeur de l’autre avec toute la confiance que le coach a en l’autre, en lui-même et dans le processus.

L’atelier permettra également une plus large compréhension des 11 compétences de coaching à l’œuvre, telles que définies par ICF international, pour favoriser le changement souhaité par vos clients.

Vos propres compétences et connaissances de coach développées tout au long de la formation de post-maître en PNL seront optimisées dans cet atelier hautement interactif.

Cela vous permettra d’accéder au meilleur de vous-même dans votre identité de coach et de vous projeter positivement dans l’exercice du coaching.

Apprentissages:

  • Explorer le sens plus profond de la présence.
  • Optimiser votre présence auprès de vos clients.
  • Utiliser la présence comme un levier dans le pro—
    cessus de coaching.
  • Être dans un plus grand équilibre entre la relation
    et le processus pendant vos séances de coaching.
  • Augmenter votre compréhension des 11 compé-
    tences.
  • Appliquer ces apprentissages pour maximiser votre
    impact comme coach.

Dates : 11 et 12 mai 2019
Durée
: 2 jours
Horaires de la formation : 9h à 17h
Lieu : Montréal
Investissement : 390$ + taxes
Rabais étudiants en cours de formation certifiante : 75$
Pré-requis : Aucun

Cette formation octroie 14 CCE  pour les coachs ICF
Cette formation octroie 1.5 Unité d’Éducation Continue (UEC)

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Les niveaux logiques: en route vers mon futur ! par Isabelle Roche

Ce soir j’ai rendez-vous avec mon coach, par Isabelle ROCHE  

pyramide des niveaux2La Défense. Je sors du boulot. Je rentre la tête dans les épaules, le vent souffle sur le parvis. Je m’insère dans la foule qui avance d’un pas pressé vers le RER, contournant de temps en temps quelque touriste qui immortalise un élément d’architecture ou s’émerveille devant la, il faut dire bien belle, perspective sur Paris. J’ai l’impression de pencher en avant, et pas seulement sous l’effet du vent. Cette vie me pèse. Toutes ces réunions, jour après jour. Pour quoi ? Des discussions à n’en plus finir, des guerres de territoire, des présentations auxquelles je n’arrive pas à m’intéresser. Et pendant ce temps-là les mails qui s’entassent. Seize ans que je suis dans cette boîte. Seize ans que je fais ce trajet chaque matin et chaque soir. Seize ans que mon intérêt s’effrite jour après jour. Heureusement qu’il y a les collègues, je connais du monde maintenant, ils amènent un peu de chaleur humaine à mes journées entre ces parois de verre et d’acier. Enfin, pas bien sûre que ce soit de l’acier.

Ça fait un moment que je pense à changer de vie. Complètement ou en partie, je ne sais pas trop. Mais au moins consacrer une partie de mon temps à faire quelque chose qui m’intéresse. Quelque chose d’utile aussi. Parce que là, franchement, ce que je fais ne sert pas à grandchose. L’entreprise est si grande. Et puis les résultats ont beau être plutôt bons, ça ne suffit jamais. Chaque année voit fleurir un nouveau plan d’économies. Pour quoi ? Satisfaire les actionnaires. C’est la loi du milieu, mais ça ne fait rien vibrer en moi. J’ai vu un magazine qui parlait de ça. Le brown-out je crois qu’ils appellent ça. La perte de sens. Brown. Parce qu’on est dans le noir ? Enfin dans le marron plutôt. Bon, je ne vais pas extrapoler là-dessus…

Quand je réfléchis à ce que j’aurais pu faire de différent, il y a comme un regret qui plane. Écrire. J’aurais aimé écrire. Souvent on m’a dit que je devrais. Je me souviens d’un article que j’avais écrit lors du décès du vieux curé de la commune, le Père Renoult. Pour le journal local. Bon, je l’ai envoyé trop tard, il n’a jamais été publié. Mais je me souviens du plaisir que j’ai pris à aligner les mots dans une chambre d’hôtel minuscule pendant les vacances d’hiver. Et je me souviens des larmes du prêtre remplaçant quand il a lu. Au boulot aussi, je prenais un grand plaisir à rédiger des notes de service, à tourner les phrases, les mots, à envisager la façon dont le message pouvait être reçu. Mais je vous parle d’un temps… Une note de service, ça n’existe plus, ça ! Et pourtant l’écrit n’est pas mort, loin de là ! Je suis fascinée par ces conversations : « tiens, tu pourrais me donner telle info sur machin-truc ? », « pas de souci, tu me fais un mail pour me le demander ». Mais nom de d’là, je viens de te le demander, là ! J’aimais bien écrire les discours aussi. Oh, pas politiques, ceux pour les pots de départ, pour fêter quelqu’un, lui rendre hommage. Des trucs à la fois drôles, émouvants et synthétiques pour ne pas perdre l’auditoire en route. Bref, en marchant là dans le vent, je pense à ça et à ce regret. Est-ce que cela doit rester un regret ? Ce serait peut-être pas mal d’en faire un projet…

Le métro ralentit, on y est. Je descends. Ce soir je vais voir mon coach. Il va m’aider à y voir plus clair dans tout ça. Troisième étage. Je retrouve le lieu familier. Je me sens bien ici, en confiance. Je vais prendre un peu de temps pour moi. On va travailler sur ce que je veux vraiment.

Cheminer vers mon objectif avec les niveaux logiques

L’objectif que je voudrais atteindre ? Consacrer du temps à l’écriture. Écrire quoi ? Des choses qui pourraient aider les autres. Pas l’humanité toute entière, mais quelques personnes qui pourraient se retrouver dans mes mots, être touchées, y puiser des idées, une force, un espoir, l’ébauche d’un chemin, ou simplement passer un moment hors du temps, s’immerger dans un monde différent, un peu mieux se comprendre, comprendre les autres, trouver un peu de
paix et ouvrir leur coeur au partage. Quelque chose comme ça.

Là, par terre, dans la pièce blanche et claire, six papiers sont posés devant moi, les uns derrière les autres, comme une échelle menant vers l’avenir. Sept mots. Ah, je sens que je vous ai eus ! Sept, pas six : environnement, comportements, capacités, valeurs et croyances, identité, vision. Je me laisse guider par la voix du coach. Pas après pas, je me déplace de papier en papier.

Un pas. Environnement. Où et avec qui je suis quand j’écris ?

Je suis chez moi, devant mon ordinateur. Plus précisément ? Dans la chambre peinte en bleu. Pas en bas, trop de tentations, le frigo, la télé, la radio, les placards de la cuisine, le courrier qui traine… En haut. Assise sur le canapé bleu dans la chambre peinte en bleu. Avec une table à roulette sur laquelle est posé mon Mac Book Air. Air. Léger. Je regarde le ciel par le Vélux. Un ciel bleu clair, quelques nuages blancs. De temps en temps un oiseau passe. Le silence. Je suis seule. Les enfants sont à l’école ou alors au lit. J’aime ce calme, mes idées peuvent se dérouler, se délier, évoluer, prendre forme, tourbillonner jusqu’à ce que mes doigts les traduisent sur le clavier. Enfin, si j’arrive à résister à changer de fenêtre, celle de l’ordi, pas celle ouverte sur le ciel, pour faire une partie de Candy Crush Saga. C’est pas long une partie.
Trois minutes. Et seulement cinq vies. Non, non, je ne triche jamais, je ne modifie pas la date système pour vivre plus longtemps. On ne triche pas avec la mort, même celle sucrée et colorée de Candy Crush. Il fait bon dans la chambre peinte en bleu. Je regarde le piano. Muet depuis bien longtemps. Je regarde mes doigts sur le clavier du Mac. Puissent-ils faire jaillir des mélodies de mots aussi douces que le piano. Une tasse de thé fume à côté de moi. Jardin vert
de Dammann Frères. Mon préféré. Quand sommes-nous ? A la fin du printemps. Le printemps prochain. Les arbres sont couverts de feuilles, le forsythia n’est plus jaune depuis un moment déjà, les grandes roues de la foire du trône ont été démontées, les lapins de Pâques en chocolat ont été croqués, les hirondelles sillonnent le ciel à une allure endiablée.

Un pas. Comportements. Qu’est-ce que je fais quand j’écris ?

Je pianote sur le clavier. Celui de l’ordi. De temps en temps je regarde le ciel par la fenêtre. Une idée vient. Je dois vérifier quelque chose. J’ouvre une autre fenêtre sur le Mac, Google, quelques mots, une réponse. Je reprends. Je saisis un livre à côté de moi. Je lis quelques phrases, en prends un autre. Les mots se forment dans ma tête, s’échappent. Un morceau de chocolat. Oui, voilà ce qu’il me faut, un morceau de chocolat. Les mots fuient. Le téléphone
émet un tintement. Un message. Je regarde. Les soldes chez Monoprix. D’accord. Je verrai. Peut-être qu’il y a des choses intéressantes ? Je dois me concentrer. Je regarde autour de moi. Je n’avance pas. Attends, coach. Quelque chose ne va pas. J’efface tout ce que je viens de dire, je recommence.

Je rentre dans la pièce. Je mets mon téléphone en mode avion et le pose près de la porte. J’entrouvre une fenêtre, l’air doux et le chant des oiseaux entrent dans la maison. Je m’assieds. Le dos droit. Les pieds ancrés dans le sol. J’imagine comme un fil qui me tire vers le haut, je me connecte au ciel. La terre, le ciel. Je ressens mon centre, là, juste au-dessus de l’estomac. Je respire doucement. Je pense aux yeux de Robert Dilts. Vous ne connaissez pas
Robert ? Puissiez-vous un jour croiser son chemin. Ailleurs que via Google. Ses yeux si bienveillants, si doux, comme cette brise de printemps. J’étends cette connexion autour de moi. Je suis connectée au champ. Les mots qui coulent de mes doigts viennent de là, du champ, de ce tout auquel nous sommes tous connectés, tout est fluide quand ce canal est ouvert. Je pianote sur le clavier. Je respire doucement. Je regarde le ciel et souris aux oiseaux

Un pas. Capacités. Desquelles ai-je besoin pour écrire ?

Déjà cette capacité de centrage. Je sais comment faire. Les pieds dans le sol, la ligne qui monte vers le ciel, ce fil qui tire vers le haut, l’ouverture au champ, à ce qui entoure. Je le fais souvent sur la plage d’Hendaye, en vacances. Le soir, quand le soleil commence à descendre derrière le Jaizquibel et que le sable se teinte de tons orangés. Face à l’océan. Légèrement tournée en direction de Biarritz pour ne pas voir les immeubles qui défigurent la côte espagnole. Plein nord. Et oui, bizarrement cette plage du sud est orientée au nord. Hendaye, la plage parfaite. De l’espace, même en plein mois d’août, le sable le plus fin qu’on puisse trouver sous nos tropiques, l’océan devant, les montagnes derrière, encore quelques jolies villas sur le boulevard de la mer. Hendaye. Mon enfance. Ma plage de coeur. Là, à la lisière des vagues, debout, dans le vent léger, connectée. La terre, le ciel, le monde. Respiration paisible.

Ensuite la capacité d’écrire. En fait c’est la même chose. Je crois que c’est Mozart qui disait que la musique lui venait comme ça, d’ailleurs, et qu’il ne faisait que transcrire sur le papier ce qu’il entendait. Et Socrate qui disait qu’il avait un petit être magique qui lui soufflait sa sagesse. Un daïmos. Un démon. Un mot dont le sens a beaucoup évolué. Si, si, j’ai lu ça dans Happinez. Vous connaissez ce magazine ? Une vraie source de bien-être… Je ressens l’écriture comme ça. Comme si les mots, les histoires existaient quelque part, comme une sorte de nappe phréatique de mots assemblés, et qu’il fallait juste s’y connecter, ouvrir un canal pour que les mots descendent vers les doigts et finissent sur la page virtuelle de Word. Donc en fait, la capacité qu’il me faut mettre en oeuvre, c’est avant tout celle d’ouvrir le canal. Par le centrage. Celle de taper sur le clavier aussi, bien sûr, mais ça c’est devenu quasiment
automatique.

Une autre capacité qui entre en jeu ? Celle de rester concentrée. Pas le plus facile pour moi. Pour ce faire, je dois éloigner les sources de distraction. Le téléphone, la nourriture, le thé. Le plus difficile c’est de tenir à distance les tentations qui sont sur l’ordinateur même. Les jeux. La messagerie. Comment faire ? En fait, c’est tout bête, je n’y avais jamais pensé, mais si je coupe le Wifi, plus de messages et plus de jeux connectés. Comme je n’ai pas d’autres jeux,
ça devrait fonctionner.

Autre chose ? La connaissance du sujet sur lequel j’écris. Je pense à Romain Sardou et à ses fabuleux romans historiques. Combien de temps a-t-il passé à préparer chaque nouvelle oeuvre ? Des heures, des jours, des mois à étudier le contexte historique, les faits mais aussi les habitudes des gens de l’époque, leur environnement, leurs modes de vie, de pensée.
Colossal. Pour un résultat magnifique. Suis-je capable de ça ? Je veux dire de consacrer autant de temps à l’étude d’un sujet. Peut-être pas. Pas sans être rassurée sur le résultat. En revanche, je peux peut-être prendre le truc à l’envers et commencer par écrire sur des choses
que je connais. Des choses sur lesquelles je pourrais compléter mes connaissances mais ne pas partir de rien. Sur ce qui a occupé mes dernières années. Le développement personnel. La psychologie. L’ouverture aux autres. Oui, commencer par ça. J’ai lu à plusieurs reprises que
quand on était, ou qu’on voulait être, un professionnel de l’écriture l’important était d’écrire chaque jour. Quelque chose. N’importe quoi. Oui, je dois avoir cette capacité-là.

Un pas. Croyances / Valeurs. Quelle valeur écrire satisfait-il ?

Pourquoi j’écris ? Ou plutôt pour quoi ? Je me souviens avoir fait un exercice permettant de hiérarchiser ses propres valeurs. L’honnêteté en premier. Puis le courage. Ensuite transmettre, aider et partager. Voilà ce que j’avais noté. Que voudrais-je satisfaire en écrivant ? Je dirais surtout aider. C’est ça qui m’importe. Je garde quelque part dans ma boîte à petites pierres précieuses au chaud dans un coin de mon coeur les mots de Francis, un de mes éminents enseignants, qui après avoir lu quelques pages de mon cru m’a confié : « tu aides les gens en faisant ça ». Ses mots ont cheminé. S’il est possible d’aider avec des mots,
pourquoi s’en priver ? Mais j’entends d’autres voix. Une qui dit que ce n’est que moi que je cherche à aider. Parce qu’on entend si souvent des personnes dire qu’écrire a été une thérapie pour elles. Remarquez, ça ne serait pas si mal de m’aider moi-même, ça ferait déjà une
personne. Mais ce n’est pas ça qui me motive. Je ne crois pas. C’est vraiment apporter quelque chose à celui qui lit.

Une autre voix s’élève et dit « Tout le monde veut écrire ». Encore une autre : « C’est à la mode ». Une troisième : « Surtout sur le développement personnel, c’est facile ». Mmmm. C’est vrai, je suis d’une banalité confondante. Quelle prétention de penser que je pourrais apporter quelque chose à quelqu’un.

Et puis je pense à quelques livres qui m’ont profondément marquée : « L’alchimiste » et « La cinquième montagne » de Paolo Coelho, « Jonathan Livingston le goéland », « Le petit prince », « Mange, prie, aime » d’Elizabeth Gilbert, « La citadelle des neiges » de Matthieu Ricard, le magnifique « Méditer jour après jour » de Christophe André et tous ceux de Laurent Gounelle. Les lire a été à chaque fois un grand moment de bonheur, mais ça va au-delà. Tous ces mots
m’accompagnent. Ils m’ont vraiment aidée je crois. Aidée à voir plus loin, à tracer une voie, à apaiser mes tourments, et profiter de l’instant, à trouver de la quiétude. Tant de bénéfices. « Oui, mais ce sont des maîtres, ces auteurs, tu ne peux tout de même pas te comparer ». Je crois bien que cette voix qui parle dans ma tête est la mienne. Le doute, toujours le doute. La dévalorisation permanente. Cette croyance que se mettre en avant c’est mal.

Je repense aux petits campagnols qui apparaissent dans les pages de cette sublime BD « Le jour où le bus est reparti sans elle ». Trois petits campagnols qui voulaient atteindre une île au milieu d’un lac. Trois petits campagnols qui se jettent à l’eau pour atteindre leur but. Et les voix des autres animaux, leurs amis, qui s’élèvent. « Un campagnol ne peut pas nager ! ». « C’est trop dangereux ! ». « Vous êtes trop petits ! ». « Vous allez tomber malades ! ». « Vous n’irez pas loin ». Et très vite deux campagnols reviennent sur le rivage. Et le troisième continue, continue. Il atteint l’île, en explore chaque recoin, fait des découvertes, admire de belles choses, profite. Puis il se met à l’eau de nouveau et rejoint ses amis sur la rive du grand lac. Ses amis lui parlent « comment as-tu fait ? ». « C’est incroyable ! ». « C’est insensé ». Et le petit campagnol enlève alors ses bouchons d’oreille et s’exclame « quoi, qu’est-ce que vous dites ? ». Toutes ces voix négatives, la mienne, celle des autres, m’empêchent d’avancer, d’essayer, et qui sait, on n’est jamais à l’abri de réussir… Je pique donc les bouchons d’oreille du petit campagnol. Et je reprends.

La valeur que je cherche à satisfaire en écrivant : aider les autres. Mais aussi partager et transmettre. J’ai eu la chance de faire des formations, d’assister à des conférences, de lire des livres remplis de tant de richesses que j’ai envie de livrer ce que j’en ai compris et retenu, pour que d’autres puissent découvrir ces univers, avoir envie de s’intéresser à ce monde, ces mondes plutôt, du développement personnel.

Il y a quelques jours, je suis allée avec une amie à une méditation de groupe. Quand j’ai découvert la méditation de pleine conscience, je n’osais pas trop en parler, toujours la peur de paraître ci ou ça, ou simplement de ne pas intéresser. Mais maintenant, je suis heureuse d’avoir pu amener plusieurs de mes amies à découvrir cette pratique et ces enseignements, et encore plus de les voir aller au-delà. Ça m’a particulièrement touchée de voir l’une d’entre elle aller à la rencontre de méditants qu’elle croisait depuis des années marchant lentement dans la rue et qu’elle regardait étrangement, et découvrir une communauté formidable de moniales vivant à deux pas de chez elle.

Donc aider, partager, transmettre. Avec honnêteté. Transmettre un message sincère, pas un message dicté par l’envie d’être connue, reconnue, de cadrer avec les codes de la société actuelle. Juste livrer mes découvertes, mes ressentis, mes émotions. Pour cela peut-être faut-il un peu de courage. Au moins celui de croire avec force que cela peut être utile, que j’ai le droit de le faire si j’en ai envie. Celui d’oser mettre de temps en temps des bouchons dans mes oreilles sans me dire qu’en me coupant ainsi du monde, en risquant de rater la demande de quelqu’un, de rater une occasion d’aider, d’être moins disponible, je fais quelque chose de mal, parce que l’essentiel, c’est la disponibilité et l’écoute du coeur et ce ne sont pas ces petits bouchons de rien qui pourront empêcher les messages d’arriver jusque-là.

Un pas. Identité. Qui suis-je quand j’écris ?

Je me sens comme quelqu’un qui accompagne. Qui tend la main sur le côté, et qui prend doucement la main de son voisin pour l’inviter à faire un petit bout de chemin ensemble. Je me sens comme une petite lumière qui tremblote dans le champ de vision de cette personne. Pas devant, pas derrière, sur le côté, une présence. Une présence qu’elle peut occulter si elle porte son attention sur autre chose, mais qu’elle peut toujours retrouver en élargissant son
champ de vision, son champ de conscience. Je sens sur mes épaules un châle chaud, réconfortant, et si j’étends mon bras, je peux englober l’autre dans ce châle, l’accueillir, partager sa chaleur et sa douceur. Je suis un compagnon. Un compagnon discret et bienveillant. Les mots que j’écris coulent comme un petit ruisseau léger, qui saute sur les cailloux de l’existence en produisant des clapotis joyeux, qui danse dans la lumière et se dirige vers mon compagnon de route, lui envoie de sa légèreté, un peu de sa folie, sa chanson guillerette pour l’aider à faire fleurir les pensées positives. Vous avez lu ça ? Il suffirait d’avoir
2,9 pensées positives pour un pensée négative pour aller mieux1. Oui, c’est ça, je suis un compagnon de route qui insuffle l’espoir, qui aide le chemin à s’éclaircir, la voie à se tracer.

Une petite lumière dansante, un ruisseau joyeux, un châle douillet, une main rassurante, un vent léger qui écarte doucement ce qui masque le chemin…
Quelle est ma mission ? Faire ma part pour semer un peu de positif sur la terre. Comme le colibri de Pierre Rabhi. Vous connaissez ce colibri ? Ce petit colibri qui veut éteindre un feu de forêt en amenant sans faiblir, avec son petit bec, goutte après goutte de l’eau sur le foyer. Je le vois qui volette au-dessus du ruisseau, il fait sa part. Je veux faire la mienne. Que dit ce proverbe déjà ? « Il pousse plus de choses dans un jardin que n’en sème le jardinier ». Alors
semons. Nous récolterons beaucoup, et aurons de belles surprises. Voilà, je suis un semeur de pensées positives, un éclaireur de chemin qui, si vous prenez sa main, fera un petit bout de la route à vos côtés.

Un pas. Vision. A quel système plus large suis-je connectée quand j’écris ?

Quand je suis cette personne qui écrit, quand je suis moi, je me sens reliée au monde. Je sens mes bras légèrement écartés de mon corps et dans chaque main une autre main, une patte, une feuille, une pierre, un souffle. Et ainsi, de main en main, de patte en patte, de feuille en feuille, tout l’univers se donne la main. Je vois des sourires, je les sens plutôt, de la quiétude, comme un chant doux et harmonieux qui s’élève de cet ensemble, une vibration positive, et
je fais partie de cette ronde, je suis une infime partie de ce tout. Je pourrais citer Lao Tseu ou Confucius pour parler de ce tout, mais ce qui me vient, c’est un refrain de Maître Gims, « Mais quand je la vois danser le soir, j’aimerais devenir la chaise sur laquelle elle s’assoit, ou moins que ça, un moins que rien, juste une pierre sur son chemin ». Que ce soit cette pierre sur le chemin, l’ombre de l’ombre, l’ombre de la main, l’ombre du chien de celle qui veut quitter le
grand Jacques ou le colibri de Pierre Rabhi, chacun a sa place, chacun participe à ce tout harmonieux, dans la joie, le respect et la bienveillance. Une image se forme devant mes yeux. C’est une photo. Une photo prise par Matthieu Ricard. Un moine de dos, méditant face au glacier Jomolhari au Bhoutan. Non, je ne vais pas la coller là. Un petit tour sur votre moteur de recherche préféré, je vous offre une excuse pour surfer, faut en profiter ! Et revenir… Se perdre dans l’image… Une harmonie parfaite, une immensité majestueuse, et la vie que l’on sent dans chaque recoin de l’image sans la voir. Je laisse vibrer cette image devant mes yeux. Plénitude…

Conclusion

Je me sens bien, complète, alignée. Demi-tour. Je regarde le chemin parcouru et redescends un à un les niveaux qui m’ont menée jusqu’à ce lieu d’accomplissement. Identité. Valeurs. Capacités. Comportement. Environnement. Me revoilà dans la chambre bleue, appuyée sur un coussin bleu, à regarder le ciel… plutôt gris, il faut bien le dire. C’est gentil la licence poétique, mais si c’est gris, c’est gris ! Un pas encore et revoilà la salle blanche et claire. Enfin, moins claire, il fait presque nuit maintenant. Je retrouve la rue, les sons de la ville, les arbres aux pieds encagés. L’air n’est-il pas un peu plus léger ? Je souris aux gens que je croise, je sens les freesias que le fleuriste remballe et je marche. Je sais où je vais. Je sais ce que je vais faire. Je sais pourquoi, pour quoi. C’est ce que je veux. Je fais tourner la clé dans la serrure de ma maison, je pose mon manteau et monte tranquillement l’escalier. Et j’ouvre la porte de la chambre bleue…

IsabelleROCHE  www.estj.frwww.optalys.fr

1 Ch. André, Th. d’Ansembourg, M. Ricard et al. – « Psychologie positive – le bonheur dans tous ses états » – Ed. Jouvence – 2011

Article extrait de :

http://www.institut-repere.com/Autres-themes/les-niveaux-logiques-en-route-vers-mon-futur.html

La force du Papillon

la force du papillonUn jour apparut un petit trou dans un cocon : un homme qui passait à tout hasard s’arrêta de longues heures à observer le papillon qui s’efforçait de sortir de ce petit trou.

Après un long moment, c’était comme si le papillon avait abandonné et le trou demeurait toujours aussi petit.

On aurait dit que le papillon avait fait tout ce qu’il pouvait et qu’il ne pouvait plus rien faire d’autre. Alors l’homme décida d’aider le papillon ; il prit un canif et ouvrit le cocon. Le papillon sortit aussitôt mais son corps était maigre et engourdi. Ses ailes n’étaient pas assez développées et bougeaient à peine.

L’homme continua à observer pensant que d’un moment à l’autre, les ailes du papillon s’ouvriraient et seraient capables de supporter le corps du papillon pour qu’il prenne son envol.

Il n’en fut rien ! Le papillon passa le reste de sa brève existence à se traîner par terre avec son maigre corps et ses ailes rabougries. Jamais il ne put voler.

Ce que l’homme avec son geste de gentillesse et son intention d’aider ne comprenait pas, c’est que le passage par le trou étroit du cocon était l’effort nécessaire pour que le papillon puisse transmettre le liquide de son corps à ses ailes de manière à pouvoir voler. C’était le moule à travers lequel la vie le faisait passer pour grandir et se développer.

Parfois l’effort est exactement ce dont nous avons besoin dans notre vie. Si l’on ne nous permettait pas de rencontrer nos obstacles, nous serions limités. Nous ne pourrions pas être aussi forts que nous le sommes. Nous ne pourrions jamais voler.

J’ai demandé la force… Et la vie m’a donné les difficultés pour me rendre fort.

J’ai demandé la sagesse… Et la vie m’a donné des problèmes à résoudre.

J’ai demandé la prospérité… Et la vie m’a donné un cerveau et des muscles pour travailler.

J’ai demandé à pouvoir voler… Et la vie m’a donnée des obstacles à surmonter.

J’ai demandé l’amour… Et la vie m’a donné des gens à aider dans leurs problèmes.

J’ai demandé des faveurs… Et la vie m’a donné des potentialités.

Je n’ai rien reçu de ce que j’ai demandé… mais j’ai reçu tout ce dont j’ai besoin.

Vis la Vie sans peur, affronte tous les obstacles et démontre que tu peux les surmonter.


 

Extrait du livre de Marjolaine Caron «Ma vie après ta mort. »

Le changement dans les organisations : préserver l’équilibre ou permettre l’évolution ? par Guillaume Leroutier

GuillaumeHR

Le changement est un vaste sujet qui fait couler beaucoup d’encre. Je vous propose de l’aborder ici sous un angle systémique.

L’approche systémique met en relief que tous les éléments d’un système sont intereliés entre eux et qu’un changement ou une décision affectent, avec une intensité variable, chaque élément du système.

Par exemple, au sein du service d’une entreprise, l’arrivée d’une nouvelle personne vient modifier les relations, oblige le responsable d’équipe à une nouvelle clarification des rôles. Cela introduit de nouvelles compétences qui vont permettre une performance supérieure et l’atteinte de nouveaux objectifs, à condition que l’intégration de cette personne se déroule bien. Selon la qualité avec laquelle elle est gérée, l’arrivée d’une seule personne dans une équipe aura donc un impact plus ou moins positif sur l’organisation de celle-ci.

Sous cet angle, le changement est alors perçu comme un processus qui agit sur tous les éléments du système par effet « domino ». Un changement a donc un effet « multi-impact ». Cela signifie que son impact ne se limite pas là où il se manifeste de façon visible et immédiate dans un premier temps, mais s’étend au-delà en touchant tous les autres éléments (personnes, équipements, budgets, projets…) reliés d’une façon ou d’une autre aux éléments concernés directement par le changement initial.

Comme coach intervenant au niveau des équipes, j’ai déjà rencontré la situation où l’arrivée d’une seule personne dans un service a fini, quelques mois après, à remettre en cause la qualité du fonctionnement hiérarchique de toute la PME ! C’est à ce moment-là que l’on a fait appel à mes services, pour aider à dénouer cette crise.

L’approche systémique distingue deux niveaux de changement : le changement de niveau 1 qui se déroule au sein d’un système sans en modifier véritablement les règles et le changement de niveau 2 qui amène à modifier la structure du système lui-même.

Le changement de niveau 1 : préserver l’équilibre

Plus on change, plus c’est pareil ! Anonyme

Il concerne une modification de certains éléments à l’intérieur d’un système sans que cela entraîne une évolution du système lui-même. Pour donner une analogie, c’est un peu comme appuyer sur la pédale d’accélération de votre voiture, cela permet d’augmenter sa vitesse, donc de produire un changement, sans pour autant modifier la configuration de la voiture.

Ainsi, un ou plusieurs éléments à l’intérieur d’un système peuvent changer sans que le système lui-même ne change. Tant que ce changement est supporté par le système, il sera vite assimilé par celui-ci, ce qui révèle une bonne capacité d’adaptation du système. Par ailleurs, si le changement en cours est mal supporté par le système, il révèle une faille dans ce dernier.

Par exemple, un responsable des ressources humaines peut décider d’amener à nouveau dans son bureau deux personnes qui sont en conflit dans le même service depuis quelques mois. Il peut leur demander à nouveau de s’écouter pour mieux comprendre leurs différends. Il peut même jouer le rôle de médiateur le temps de la rencontre dans son bureau.

Seulement, s’il le fait de façon trop hâtive, les deux personnes vont simplement évoquer des éléments superficiels, tels que leurs façons différentes de s’organiser ou que l’une est « plus extravertie et directe dans ses propos » et que l’autre « est plus réservée et nuancée ». A la fin de l’entrevue de médiation, elles peuvent approuver en apparence qu’elles se comprennent mieux, et cela leur permettra peut-être de mieux travailler ensemble pendant quelques jours. Cependant, le fond du problème n’est pas véritablement résolu puisqu’il n’a pas été abordé ! Par exemple, dans ce cas, la véritable raison du conflit est que ces deux personnes convoitent le même poste dans l’entreprise et qu’elles savent que dans quelques mois, il n’y aura qu’un seul élu.

Il suffira alors d’une seule étincelle dans les jours qui suivent l’entrevue (une remarque d’une autre personne par exemple) pour que le conflit entre elles resurgisse et s’embrase à nouveau.

Ici, le responsable des ressources humaines n’a fait que rétablir un statu quo en évitant d’aborder et de traiter le véritable enjeu (soit parce qu’ « il n’en n’a pas l’autorisation de la part de sa hiérarchie », soit parce qu’il pense que « c’est mieux de ne pas envenimer les choses en parlant de leurs intérêts incompatibles », soit parce qu’il ne sait pas « comment aborder ce type de conflit »). En agissant ainsi, il a maintenu un « certain confort » pour un certain temps. On pourrait donc dire que ce responsable a réussi un changement en les amenant à s’écouter un peu le temps d’une entrevue de façon à ce qu’elles puissent de nouveau travailler ensemble au moins pour quelque temps.

Cette stratégie pour traiter un problème, c’est-à-dire affronter un changement nécessaire, n’est pourtant pas optimale. Elle est trop superficielle et donc temporaire.

Un système qui n’a pas la souplesse et L’expérience (dans le sens de maturité) pour pouvoir voir et gérer les véritables enjeux s’expose au retour en boucle de ceux-ci ce qui entraîne une stagnation de la situation et amène plusieurs conséquences à moyen terme :

  • démotivation
  • rétention d’information
  • climat d’équipe et cohésion moins forte
  • baisse de la qualité dans le service-client
  • baisse de l’esprit d’initiative et de la responsabilité individuelle
  • Perte de confiance dans le leadership du responsable d’équipe
  • Perte de confiance dans le leadership des responsables de l’entreprise en général

Dans cet exemple, la faille du système est l’incapacité des leaders à traiter des conflits d’intérêts.

Les personnes impliquées dans ce type d’enjeu gagneraient alors à le traiter rapidement pour permettre un véritable changement, c’est-à-dire un changement de niveau 2.

Le changement de niveau 2 : permettre l’évolution

Il faut penser le changement plutôt que changer le pansement. Francis Blanche

Lorsque la solution adoptée pour résoudre une difficulté ou dépasser un obstacle n’est qu’un pansement qui permet de masquer les véritables manques dans la gestion de l’entreprise, les individus au sein d’une organisation finissent par tourner en rond et par perdre en efficience. On s’est simplement donné l’illusion du changement. La solution adoptée est devenu le vrai problème !

En fait, lorsque le système adopte le « réflexe du chat » , il ne fait que « retomber sur ses pattes » en continuant à fonctionner en croyant avoir préservé « l’équilibre et le confort » antérieurs.

Cela correspond malheureusement au « syndrome de l’autruche » qui consiste à « mettre la tête dans le sable » pour éviter de voir et surtout d’engager les changements réellement nécessaires pour s’adapter vraiment – et pas seulement en apparence – à la situation nouvelle et relever les défis en cours.

Seul un changement de niveau 2 permet ainsi de dénouer des crises, de franchir des étapes de croissance, de faire des choix éclairés par rapport aux défis que pose l’environnement.

Pour qu’un système trouve les solutions appropriées pour véritablement s’adapter, il doit alors :

  • Remettre en cause certaines de ses règles de fonctionnement

    • par exemple, établir une stratégie d’intégration pour les nouveaux arrivants dans chaque service de l’entreprise plutôt que de les laisser livrer à eux-mêmes.
  • Se remettre individuellement en question

    • Revenir aux faits pour clairement identifier la « mauvaise solution adoptée » qui fait revenir le problème en boucle.
    • Réaliser que « plus on fait la même chose, plus on obtient le même résultat ».
    • Adopter une nouvelle solution qui agit sur le véritable enjeu.

 

  • Redéfinir les valeurs

    • Les causes de dysfonctionnement dans les organisations dépendent parfois d’un « flou artistique » au niveau des valeurs. Les valeurs représentent ce qui est considéré comme important pour une entreprise (ce sont donc des critères). Ce sont des repères et des balises qui affichent clairement ce qui est toléré, permis, valorisé et ce qui ne l’est pas.
    • Par exemple, dans le cas évoqué précédemment concernant un conflit entre deux personnes, le responsable de ces personnes peut rappeler qu’une des valeurs de l’entreprise est la « capacité à coopérer ensemble » et de rappeler que celle-ci est déterminante dans l’atteinte de l’objectif annuel de l’équipe. Si l’objectif commun n’était pas atteint en fin de saison, aucune des deux personnes n’obtiendrait le poste désiré. C’est donc cette valeur « la capacité à coopérer ensemble efficacement » qui déterminera qui aura le poste. Quelque soit la personne qui aura le plus « incarnée » ce critère au cours de l’année, elle saura que son ex-rivale est capable de travailler avec elle. Et celle qui n’aura pas obtenu le poste ne devrait pas être tentée par la suite de « mettre des bâtons dans les roues » à son ex-rivale, qu’elle soit dans le même service ou non, car elle perdrait sa crédibilité à jouer soudainement uniquement pour ses propres intérêts alors qu’elle a montré qu’elle était capable de « jouer collectif » au profit de l’objectif commun de l’équipe. Elle sera ainsi plus portée à accepter la décision de la hiérarchie et à en retirer les apprentissages pour pouvoir continuer à se fixer des objectifs personnels.

 

La souplesse, la capacité réactive, la capacité d’innovation, la cohésion des équipes de travail est à ce prix. Un changement de niveau 2 touche intervient donc au niveau de la structure du système. Il ne vise pas le retour au confort antérieur, mais l’innovation et l’évolution. Il suppose la remise en question individuelle, l’évolution des règles et l’affirmation des valeurs en cohérence avec la vision de l’entreprise.

C’est donc un changement moins confortable mais plus efficace à long terme !

Guillaume Leroutier

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Notre Distinction

Le CQPNL est un rendez-vous avec l’excellence.
Chef de file de la PNL au Québec, le Centre Québécois de PNL a été fondé en 1985 par Joanne Riou dans le but de promouvoir les principes et les pratiques de la PNL auprès des individus, des groupes et des organisations.

La qualité exceptionnelle de ses formateurs, la profondeur de sa démarche pédagogique et la rigueur de ses contenus de formation ont fait sa réputation. Il a donc célébré ses 30 ans d’existence en 2015. Le CQPNL dispense un enseignement professionnel supérieur donnant accès à des certifications reconnues à l’échelle internationale. Nous présentons l’ensemble du parcours en PNL de la formation de Base en PNL à la formation d’enseignant en PNL. Notre formation de Coach professionnel certifié en PNL (niveau Post-Maître en PNL) est l’une des plus complètes et des plus rigoureuses en Amérique du Nord. Elle comprend des modules théoriques, des formations pratiques et de la supervision professionnelle.

Par ailleurs, nous présentons un parcours complet en Hypnose Éricksonienne et Humaniste pour tous les intervenants en relation d’aide et les experts en communication. Avec 1750 heures de formation, c’est le parcours le plus complet aboutissant au premier diplôme de Coach en hypnose Éricksonienne et Humaniste au Québec. Tout au long de l’année nous présentons également des ateliers thématiques dont le but est de vous apporter des connaissances, vous équiper avec des outils efficaces et de vous aider à déployer votre potentiel sur des sujets tels que : L’estime de soi et la confiance en soi, la préparation mentale à la performance, les dynamiques conjugales, l’animation de groupes et les neurosciences. Nos évènements spéciaux sont des occasions uniques
que nous vous proposons pour le déploiement de votre potentiel.

Notre service aux entreprises, développé sous l’enseigne Institut de Coaching de Montréal, répond aux besoins des organisations au niveau de la communication, du travail d’équipe, du leadership et du développement personnel en milieu professionnel.

En plus de toutes les accréditations courantes telles celles de la SICPNL, de la SOFEDUC, ou du CRHA, nous sommes le seul Centre de formation en PNL au Québec dont le parcours est reconnu par International Coach Federation, facilitant ainsi l’accès à l’accréditation individuelle ICF pour nos coachs diplômés.

Nos reconnaissances

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Le parcours PNL du Centre Québécois de PNL est le seul programme de formation en PNL reconnu par ICF (International Coach Federation) au Québec.

En faisant une formation accréditée par ICF, les coachs du CQPNL démontrent non seulement des connaissances et des compétences, mais aussi un engagement envers des normes professionnelles élevées et un code d’éthique. Toute personne engagée envers le coaching devrait postuler pour son accréditation individuelle ICF.

Tous les coachs accrédités ICF ont complété un parcours de formation exigeant et rigoureux approuvé par ICF, tel celui du CQPNL, offrant un témoignage de leur engagement envers l’excellence en coaching.

715 heures reconnues par ICF dans le programme complet en PNL

Nos programmes de formation sont aussi reconnus par :

  • SOFEDUC (Société de formation et d’éducation continue)
  • Emploi Québec (Les frais de formation sont admissibles à la loi 90)
  • Ministère des Ressources humaines et Développement des compétences Canada
  • Revenu Québec et Revenu Canada
  • CRHA (Ordre des Conseillers en Ressources Humaines Agréés)
  • SICPNL (Société internationale des Coachs en PNL)
  • NLPNL (Fédération des associations francophones des certifiés en PNL)
  • ANN (Académie des Naturopathes et Naturothérapeutes du Québec)
  • SQH (Société Québécoise de l’Hypnose)
  • AHQ (Association des Hypnologues du Québec)
  • RITMA (Association de naturopathie)