Apprentissage d’équipe et collaboration générative

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Par Robert Dilts

Encourager l’apprentissage d’équipe est très proche de ce qu’on appelle la collaboration générative avec la PNL de 3ème génération. La collaboration générative implique de transformer un « tas » en un « tout » et de créer une équipe dans laquelle le tout est vraiment plus grand que la somme des parties. Ceci est le produit d’un travail collectif comportant un fort soutien mutuel, celui qui permet d’aller de l’avant vers la création de quelque chose sans précédent et inédit. La collaboration générative est au cœur de l’intelligence collective, dont les groupes humains ont tant besoin pour faire face à la complexité du monde moderne.

Les différentes manières de travailler ensemble

Collaborer signifie littéralement « travailler avec ». Il existe différentes manières de travailler ensemble et de collaborer. Certaines sont plus efficaces que d’autres. En fait, on peut répartir les performances des groupes en trois catégories :

  1. Les équipes ayant une performance faible produisent un résultat collectif qui est inférieur à celui obtenu par la somme des performances des individus travaillant de façon isolée.
  2. Les équipes ayant une performance moyenne produisent un résultat collectif qui est semblable à celui obtenu par la somme des performances des individus travaillant de façon isolée.
  3. Les équipes ayant une performance haute produisent un résultat collectif nettement supérieur à celui obtenu par la somme des performances des individus travaillant de façon isolée. Il s’agit d’une collaboration générative.

Une équipe en sous-performance manque donc de capacités à collaborer. Les individus échouent non seulement à travailler ensemble, mais de plus leurs interactions sont même néfastes à la performance individuelle (on a affaire à une « collaboration dégénérative » ou « interaction à somme négative »).

Une équipe à performance moyenne a atteint un niveau de « collaboration de base ». La collaboration de base réunit un groupe d’individus pour atteindre des objectifs spécifiques. La collaboration de base exige un certain niveau de relation entre les personnes : il faut être capable de communiquer efficacement, et il faut que chacun effectue la tâche qui lui incombe en respectant la coordination avec les autres partenaires ou membres du groupe. Une collaboration de base cherche à ce que les individus fassent ce qu’on attend d’eux afin que la performance du groupe soit égale à la somme des performances individuelles. La collaboration de base exige que les membres du groupe soient capables de se soutenir les uns les autres en prenant le rôle de guide, de coach, et, parfois, d’enseignants.

La collaboration générative implique de réunir des individus dans le but de créer ou générer quelque chose de neuf, de surprenant, quelque chose qui va au-delà des capacités individuelles. Avec la collaboration générative, les individus parviennent à utiliser le maximum de leurs capacités, à découvrir et appliquer des ressources qu’ils ignoraient avoir. Ils acquièrent de nouvelles idées et de nouvelles ressources de leur collaboration. Ainsi, la performance ou le résultat de groupe est nettement supérieur à celui obtenu par la somme des résultats des individus travaillant isolément.

Développer un « esprit de groupe » ou un « essaim d’intelligence»

Citons l’exemple d’une grande entreprise de télécommunications qui avec une équipe de 600 personnes n’avaient pas réussi à créer le produit nouveau attendu, alors qu’un concurrent avait réussi à créer le même produit, de meilleure qualité, en moins de temps et avec une équipe de 20 personnes. La différence s’explique par ce que nous avons appelé la « collaboration générative ». Six cents personnes travaillant dans un contexte de collaboration de base sont incapables de faire mieux que 20 personnes travaillant dans un contexte de collaboration générative.

La collaboration générative résulte du fait que les individus se soutiennent mutuellement pour progresser d’une nouvelle manière et créer du « jamais vu ». Cela implique que les membres du groupe soient capables de partager leur vision, une perspective multidimensionnelle, et la capacité à créer un « champ relationnel ». Cela signifie que les membres du groupe soient capables de se soutenir les uns les autres en prenant les rôles de mentor, parrain et « éveilleur ».

La collaboration générative débouche souvent sur le développement d’un « esprit de groupe » ou d’un « essaim d’intelligence» dans lequel la connaissance et le savoir-faire des individus se combinent et produisent une intelligence et une créativité collective qui serait impossible sans la présence des autres partenaires et membres du groupe.

Une bonne métaphore de cet aspect de la collaboration générative est ce qui se passe quand deux atomes d’hydrogène se combinent à un atome d’oxygène. Le résultat est quelque chose de totalement nouveau et surprenant. On obtient de l’eau, autrement dit quelque chose qui n’est ni de l’hydrogène ni de l’oxygène ; et qui constitue le fondement de toute vie. Cependant, pour créer de l’eau, l’oxygène doit rester pleinement oxygène et l’hydrogène doit rester pleinement hydrogène. Ou, si l’on reprend les mots du philosophe Ken Wilbur, la nouvelle relation exprimée par la création de l’eau « transcende et inclue » les entités individuelles qui la constituent, produisant quelque chose qui les contient toutes les deux, et est en même temps complètement nouveau.

Un des principes importants à l’œuvre ici est que l’individualité, les centres d’intérêt et ce qui passionne chaque individu, sont tous nécessaires à la collaboration générative. On dit souvent « qu’il n’y a pas de « Je » dans une équipe » et c’est probablement vrai de la collaboration de base, mais pas de la collaboration générative. Pour produire une collaboration générative, les individus doivent être solidement enracinés en eux-mêmes, et vouloir passionnément que leur vision individuelle et commune devienne réalité. Quand les individus « sacrifient leur intérêt propre pour le bien de l’équipe », l’équipe perd en passion, en créativité et en énergie. Or toutes ces qualités sont nécessaires à la création d’un « plus gros gâteau ».

Pour illustrer ces propos, imaginons un groupe de six ou sept personnes qui, en collaboration de base, parviennent à un consensus sur un projet donné et travaillent ensemble à la réalisation du projet, produisant donc un projet qui est le résultat de leur interaction. En appliquant la collaboration générative, le même groupe de six ou sept personnes produirait au moins six ou sept projets, et probablement plusieurs synergies possibles entre certains de ces projets.

Une métaphore de la collaboration générative

Une bonne métaphore pour comprendre la dynamique de la collaboration générative est celle de l’interaction des bulles. Dans cette analogie, la bulle représente une vision ou une idée donnée. Dans la collaboration de base, tous les partenaires ou tous les membres de l’équipe travaillent ensemble à la création d’une bulle. Dans la collaboration générative, chacun des membres du groupe crée sa propre bulle, puis envisage comment sa bulle peut s’agencer aux bulles créées par celle des autres membres du groupe.

Tout comme des bulles qui s’agrègent les unes aux autres pour former une structure plus vaste,
la collaboration générative implique l’intégration de visions et d’idées complémentaires.

De nombreuses entreprises et projets ayant réussis dans le monde d’aujourd’hui ne sont pas le produit de la vision d’une seule personne, mais résultent plutôt de la combinaison de multiples visions et idées.

La création d’Internet en est également un bon exemple. Les graines d’Internet ont été plantées en 1969 par l’Arpanet, un projet de recherche du Ministère de la Défense américain, dont le but était de développer une structure pour un usage militaire, et de trouver la manière la plus économique d’utiliser les ressources des quelques ordinateurs puissants dont ils disposaient. Les universités, les laboratoires de recherche et les entreprises travaillant pour le ministère de la défense ont rapidement découvert le potentiel d’Internet comme moyen de communication entre « êtres humains » et se sont associés en nombres de plus en plus grands. Dans les années 1980 et au début des années 90, un nombre croissant de « morceaux » du réseau gouvernemental d’origine ont été vendus aux grandes compagnies de télécommunication, jusqu’au moment où tout le squelette d’Internet s’est trouvé privatisé. En 1994, de simples usagers d’ordinateurs ont découvert Internet, attirés par l’hypertexte et les aspects multimédia du Web International. Aujourd’hui, Internet, sous sa forme globalisée, est devenu la clé d’unification des technologies de communication dans le monde entier. Cependant, comme l’a fait remarquer l’un des créateurs à l’origine du développement d’Arpanet, « personne à l’époque n’avait imaginé Internet. Personne n’avait envisagé à ce moment-là que ce projet deviendrait ce qu’il est aujourd’hui ».

Le produit de la collaboration générative est une vision collective unique.

L’entrepreneur Don Pickens fait écho à ce point de vue quand il affirme : « Le leadership visionnaire n’est pas seulement une question de vision; il s’agit de tisser cette vision avec d’autres visions. »

Cet article a fait l’objet d’une adaptation et synthèse de Jean Luc Monsempès, à partir de la traduction de plusieurs documents de stage de Robert Dilts.

Chercheur, auteur, enseignant et consultant en PNL, Robert Dilts est reconnu à l’échelle mondiale comme l’un des pivots de la PNL, l’amour qu’il porte à l’univers de la PNL et son engagement dans la recherche sont source d’inspiration!